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10 agosto 2017 4 10 /08 /agosto /2017 14:18

III

Le problème est que, même si la pensée qui le décrit parvenait, d’une manière ou d’une autre, à préserver sa forme et sa fermeté dialectiques, notre « tout » n’en serait pas plus dialectique pour autant et travaillerait lui aussi sans relâche à contrecarrer le mouvement dialectique de la réflexion critique immanente cherchant à le saisir. C’est, du reste, l’argument qu’avance le Temps, travail et domination sociale de Moishe Postone[20] à l’encontre du « pessimisme critique » de Horkheimer ; un argument qui semble s’appliquer tout aussi bien à Adorno. Remarquant l’influence décisive sur la pensée de Horkheimer de la théorie du capitalisme d’Etat développée par Friedrich Pollock, Postone note « un tournant théorique pris [par l’Ecole de Francfort] à la fin des années 1930, au terme duquel le capitalisme postlibéral en vint à être conçu comme une société unidimensionnelle, intégrée, complètement administrée, comme une société qui n’engendre plus de possibilité immanente d’émancipation sociale[21] ». Certes, c’est là une accusation que les marxistes « orthodoxes » et la théorie « révolutionnaire » ont souvent portée contre la théorie critique en général et contre Adorno en particulier – qu’on se souvienne de la raillerie célèbre par laquelle Lukács accusait ce dernier de s’être installé au « Grand Hôtel de l’Abîme[22] ». Toutefois, ce qui confère sa force spécifique à la thèse de Postone, c’est sa méticuleuse démonstration du fait que le pessimisme de Horkheimer n’était pas simplement conjoncturel, qu’il s’agissait d’un « pessimisme nécessaire » quant à « la possibilité historique immanente que le capitalisme soit dépassé[23] ». Cette nécessité historique étrangement immanente, qui pour Horkheimer découle non pas du changement historique et de la crise interne mais de la stagnation et de la paralysie, préfigure visiblement l’adoption, si nette dans la pensée d’Adorno, de la méthodologie dialectique du Capital d’une manière paradoxalement à la fois « orthodoxe » et apocalyptique. De la même façon, Postone impute ce « pessimisme critique » non pas à un quelconque déviationnisme (comme le font les détracteurs « révolutionnaires » de la théorie critique) mais à une adhésion inquestionnée, acritique, au « marxisme traditionnel » et, en particulier, à son identification du point de vue critique et révolutionnaire avec celui du prolétariat, du « travail ». Postone développe ici un vaste argumentaire critique d’une complexité et d’une portée telles qu’il ne nous est guère possible d’en rendre compte, sinon brièvement. Sa thèse essentielle énonce que le travail, au même titre que la marchandise ou la valeur, est une forme sociale abstraite indissociable du capital ; une forme, par conséquent, dont la crise est subsumée sous la crise globale du capitalisme. En érigeant le « travail » en contrepoids du capital comme si le premier représentait un moyen glorieux, spontané et nécessaire pour parvenir à l’émancipation sociale, on échoue à saisir le résultat théorique dégagé par Le Capital, à savoir que détacher le « travail » de la notion plus générale d’activité sociale visant des fins précises équivaut déjà à se conformer à la logique, constitutive du capitalisme, suivant laquelle une activité n’est considérée comme « productive » que pour autant qu’elle produise de la valeur. Mais abolissez l’abstraction-valeur, et la logique qui conduit à séparer le « travail » de la praxis sociale et de la reproduction disparaît elle aussi. Sous le capitalisme, le travail concret producteur de biens (valeur d’usage) sert uniquement de véhicule ou d’incarnation du travail abstrait producteur de valeur (d’échange). Faire du « travail » le sujet révolutionnaire constitue donc un simple retour au point de vue ricardien qui opposait directement les rapports de production aux rapports de distribution, en raisonnant en fait comme si la valeur, dans sa forme de sujet actif, pouvait en quelque sorte se nier elle-même en abolissant tout bêtement son autre forme, celle d’un donné objectif. Ainsi le danger apparaît-il clairement : après l’échec conjoncturel et politique du prolétariat en tant que représentant du « travail », une théorie « pessimiste » pourrait être encline à interpréter cette crise comme une simple éclipse du facteur subjectif, conservant fermement en place le côté objectif du « travail » (la valeur) et la déformation néoricardienne du Capital. Et c’est bien cette réaffirmation catastrophiste et « négative » du « marxisme traditionnel » que Postone discerne chez Horkheimer:


 

« Nous avons vu que la théorie de la connaissance de Horkheimer avait été fondée sur l’idée que la constitution sociale est fonction du “travail” qui, sous le capitalisme, est fragmenté et empêché de se déployer pleinement par les rapports de production. A présent, Horkheimer considère que les contradictions du capitalisme ne sont rien de plus que le moteur d’un développement répressif, ce qu’il exprime catégoriellement de la façon suivante : “L’automouvement du concept de marchandise conduit au concept de capitalisme d’Etat comme la certitude sensible conduit chez Hegel au savoir absolu”. Ainsi Horkheimer conclut-il qu’une dialectique hégélienne où les contradictions des catégories renvoient à la réalisation autodéployée du Sujet comme totalité (et non à l’abolition de la totalité) ne peut déboucher que sur l’affirmation de l’ordre existant. Toutefois, il ne formule pas sa position de manière à ce qu’elle renvoie au-delà des limites de cet ordre, par exemple, comme la critique de Ricardo et de Hegel proposée par Marx. Au lieu de cela, Horkheimer renverse sa position initiale: le “travail” et la totalité, d’abord point de vue de la critique, sont désormais les fondements de l’oppression et de la non-liberté.[24] »


 

Adorno était, il est vrai, un penseur plus subtil que Horkheimer, apte aussi bien à mettre en cause les positions de plus en plus libérales de ce dernier sur le capitalisme tardif qu’à partager ses vues globalement pessimistes sur la possibilité d’une émancipation sociale. Mais le lien sous-jacent que Postone décèle chez Horkheimer entre ce pessimisme et son adhésion inopinée à un marxisme traditionnel privilégiant le « travail », a le pouvoir d’éclairer également certaines énigmes fondamentales de la pensée adornienne. Que La dialectique de la Raison est imprégné (et son contenu théorique borné) par le même marxisme renversé et catastrophiste, bien que toujours implicitement centré sur le prolétariat, voilà qui a d’ailleurs été récemment démontré dans le détail par le théoricien critique allemand Norbert Trenkle[25]. S’il reconnaît que la contribution de Horkheimer et Adorno a joué un rôle pionnier dans la mise en branle d’une critique radicale des Lumières, Trenkle – à l’instar de Robert Kurz, Ernst Lohoff et Roswitha Scholz, les principaux représentants de l’école critique connue dans les cercles progressistes allemands sous le nom de Wertkritik – estime que le texte même de La dialectique de la Raison témoigne « d’une critique toujours à demi en retrait par peur d’elle-même. Son mouvement argumentatif est, au moins en partie, un mouvement qui ne se fonde pas sur la dialectique de la chose même, mais contre celle-ci[26] ». Cette « dialectique de la chose même », pertinente certes mais, aux yeux d’Adorno et de Horkheimer, dénaturée, s’inscrit pour Trenkle dans « des rapports sociaux pleinement déterminés, constitués par la marchandise et la valeur[27] ». Bien qu’Adorno et Horkheimer aient sans aucun doute saisi et pris en compte ce lien dialectique intrinsèque entre Aufklärung et forme-valeur (révélant à cet égard leur indéniable dette, partagée avec quasiment tous les théoriciens critiques francfortois, envers Histoire et conscience de classe de Lukács), ils le réduisirent quant à eux, de manière beaucoup plus générale, abstraite et anthropologisée, à une « séparation ratée d’avec la nature[28] » ayant eu lieu, semblait-il, au seuil du processus sociétal de l’humanité. Mais, du fait même de cette « rétroprojection[29] » de l’abstraction-valeur – une abstraction de tout contenu qualitatif, débouchant sur ce qui chez Kant devient le pur formalisme anhistorique de la Raison – vers les origines, pour ainsi dire, de l’« être-espèce », La dialectique de la Raison rejoint l’idéologie des Lumières bourgeoises en ce qu’elle adopte à son tour un point de vue qui (de même que l’économie politique classique fustigée par Le Capital) considère les siècles précédents comme n’étant rien de plus que le travail d’élaboration menant progressivement à elle : à l’abstraction-valeur et sa sublimation philosophique rationaliste. En définitive, ce qui distingue la téléologie sous-tendant La dialectique de la Raison de sa variante propre aux Lumières bourgeoises, ce n’est pas une véritable rupture critico-théorique mais simplement le « tournant résigné » que prit la première:


 

« Ce qui est décrit, ce n’est plus la marche glorieuse du progrès mais le sombre cheminement du destin. La libération vis-à-vis de la domination constitue, au mieux, une possibilité fugitive que l’on ne parvient plus à fonder, en aucun cas le point final nécessaire de l’histoire. Si pertinente et importante que soit [dans La dialectique de la Raison] la critique de l’idée de progrès, elle reste enchaînée à cette idée. En se contentant de rejeter son optimisme (la prétendue nécessité de la libération), elle reproduit en négatif le concept de philosophie de l’histoire sur lequel il est basé.[30] »


 

Cette téléologie des Lumières « en négatif », cette tendance à se dérober devant l’ampleur des implications historiques d’une crise de la modernité capitaliste qu’on ne fait qu’entr’apercevoir, Trenkle la retrouve également dans les œuvres tardives d’Adorno, en particulier Dialectique négative[31]. Il stigmatise alors aussi bien les efforts d’Adorno pour « sauver » l’éthique kantienne que sa position ambiguë sur l’abstraction de l’échange : une abstraction qu’Adorno conçoit bien (suivant Alfred Sohn-Rethel) comme le fondement sous-jacent et la forme sociale de la « pensée identitaire », mais que curieusement il élève en même temps au rang de forme utopicisée, supposée égalitaire, non-capitaliste et libérée du joug de l’extraction de survaleur – comme si une sorte d’« éthique » kantienne de l’échange était susceptible de permettre le dépassement de sa propre détermination sociale et historique.

Mais l’éclairage critique essentiel que fournit ici Trenkle – à savoir qu’Adorno ne parvient à démasquer la crise de la modernité capitaliste en ce qu’elle est aussi une crise de la forme-sujet moderne (et, par là même, à amorcer une rupture radicale avec la réduction « marxiste-traditionnelle » du point de vue de la critique à un point de vue de classe) qu’au prix d’une universalisation abstraite et déshistoricisante de la crise – pourrait, je pense, être prolongé et contribuer à faire la lumière sur les aspects les plus troublants de l’esthétique adornienne. C’est là le sujet d’une étude à part entière qui dépasse les limites du présent essai mais dont l’argument serait le suivant : on peut dire que la théorie esthétique d’Adorno repose sur une étrange conception duale de l’abstraction formelle ; celle-ci constitue pour lui un principe négatif à la fois en tant que mimésis (i.e., l’abstraction formelle comme vraie traduction négative de la réification « positive » du capitalisme tardif) et en tant qu’émancipation (l’œuvre d’art moderne et abstraite comme étant tout ce qui nous reste en termes de ligne de fuite historique ou de point de vue négatif à partir desquels s’opposer ou résister à ladite réification). Suivant Postone, Trenkle et la Wertkritik, on pourrait voir dans cette dualité un autre aboutissement de la logique du « pessimisme critique » : que la forme artistique soit inexorablement amenée à concevoir et à rendre compte de la non moins inexorable propension de l’abstraction-valeur à nier, serait-ce jusqu’à l’auto-annihilation, tout contenu social, y compris esthétique, cela découle de la spécificité historique de la crise capitaliste même. Mais qu’une telle négativité mimétique doive en outre tenir lieu en quelque sorte de transcendant social, que l’esthétique doive, de quelque façon mystérieuse, reprendre le flambeau d’une négativité sociale disparue, voilà qui nous entraîne à nouveau sur un plan d’abstraction bien éloigné de la spécificité historique de la crise de la forme-valeur. L’œuvre d’art abstraite adopte soudain à l’égard de l’abstraction-valeur une position fondamentalement identique à celle du « travail » dans le marxisme traditionnel : elle est la négation « subjective » d’un objet qui, en tant qu’il prend part à ce même mouvement pseudo-dialectique, expulse de sa conscience théorique toute espèce de principe de négativité immanente ou de contradiction. Le fait que le « travail » périclite et que l’œuvre d’art abstraite intervienne pour prendre sa place fournit ainsi à l’« abstraction réelle » de la valeur une sorte d’alibi historique au moment d’affronter sa plus sérieuse – et son ultime – crise historique.


 

IV

Si, sur le plan théorique, c’est-à-dire en termes de système, Adorno échoue à intégrer à sa réflexion la totalité concrète réelle et l’étendue de la crise historique du capital, on pourrait toutefois soutenir, il me semble, qu’il anticipe les conséquences possibles de cette crise dès lors que sa réflexion prend pour objet les spécificités culturelles, esthétiques et éthiques du moment historique où il vécut. Ne pourrait-on dire en effet que, lorsqu’il retrouve la « fausse » totalité à travers ses parties – lorsque ce sont conceptuellement et formellement les parties qui médiatisent le tout –, la tendance d’Adorno à l’abstraction déshistoricisante commence à s’inverser ? N’est-ce pas le cas, à tout le moins, lorsque les « parties » en question revêtent – ce qu’elles font presque invariablement – la forme d’immédiateté de la culture, de l’éthique et, tout particulièrement, de l’esthétique ? Telle serait, grossièrement esquissée, ma conclusion à ce qui précède.

Curieusement, elle nous est suggérée, entre autres, par le fait que le livre d’Adorno le moins explicitement systématique, celui qui adhère le plus étroitement au principe d’organisation en constellation de Walter Benjamin – Minima Moralia –, est aussi le plus richement historicisé. Le mouvement propre par lequel se condense la forme-pensée adornienne, mouvement qui connaît son apogée avec Minima Moralia mais que l’on retrouve partout dans son œuvre, s’expliquerait ainsi provisoirement par le fait que la vérité pleinement historique de la crise du capitalisme tardif, sa réalité en tant que limite intrinsèque absolue, ressentie au travers et au niveau de ses spécificités et de ses immédiatetés culturelles, n’apparaît désormais plus vraiment comme quelque chose qui doit (mais ne peut pas) être démontré par la théorie. Dans l’ordre de la culture et de la « vie fausse », les immédiatetés objectives de la crise ont déjà, en quelque sorte, pris sur elles la « charge de la preuve », et la tâche de la critique se borne alors à jauger ces prétentions de vérité au regard de leurs propres conditions immanentes. La dialectique d’Adorno, « minimaliste » et marquée par une recherche stylistique, pourrait donc être comprise comme la forme qui, parce qu’elle imite la forme contingente et fragmentaire de ses objets, lui permet de traduire la vérité historique de la crise vers laquelle ils pointent, sans avoir nécessairement élaboré au préalable une analyse critique théorique de ladite crise – anticipant, si l’on veut, sur la formulation de son concept. Dans cette optique, le mouvement vers la totalité, vers la médiation et la synthèse dialectiques, mouvement qui, chez Adorno, prend place aussi bien, voire davantage au sein même des phrases qu’entre elles, apparaîtrait comme une manière directe de donner une silhouette conceptuelle provisoire à la médiation historique d’un certain nombre d’immédiatetés esthétiques, culturelles et éthiques qui, pour lui, ne s’agrègent pas encore en un tout historique. On pourrait donc dire de ces phrases qu’elles constituent un idiome de crise suppléant à – mais aussi anticipant – la formulation strictement théorique de ce qui serait le concept de la crise.

Dans ce cas, cependant, comment expliquer l’apparition même de cette réflexion idiomatique et anticipée sur une crise terminale du capital qui aujourd’hui seulement peut-être, par suite de l’effondrement du fordisme et de l’avènement de ce que certains appellent la « troisième » révolution industrielle (la microélectronique), devient un objet possible pour la théorisation ? Du point de vue élaboré par des théoriciens critiques tels que Postone et Trenkle – du point de vue de l’unité du capital et du travail dans cette crise historique –, ma réponse renvoie à nouveau à l’ironie qui veut que, chez l’Adorno « minimaliste », l’objet esthétique, et non politique ou économique (ou philosophique), est avant tout celui à travers lequel et à propos duquel la pensée adornienne semble être le plus pleinement et le plus concrètement médiatisée par le moment historique. Adorno serait ainsi doté, par essence, de la capacité de penser la crise du capital de manière immanente à travers la forme de l’esthétique, quand bien même au final il échoue à le faire par le truchement des catégories directes et systématiques de la philosophie et de la théorie proprement dites. Ce qui, sans doute, expliquerait également chez lui la compréhension intuitive de l’esthétique comme étant ce qui est directement nié non seulement par la « fausse » totalité de l’industrie culturelle ou des Lumières bourgeoises, mais par l’abstraction-valeur même. La logique sociale des rapports-valeur, de l’abstraction « réelle » fétichisée de la forme-marchandise, consiste à annihiler inexorablement tout contenu et toute expérience esthétiques. (On pourrait probablement en dire autant de la négativité du contenu éthique vis-à-vis de l’abstraction-valeur – cette idée paraît en tout cas constituer une prémisse implicite mais incontournable des Minima Moralia.) Les catégories les plus explicitement philosophiques de la pensée adornienne – la « dialectique négative », etc. – demeurent, dans cette optique, infiniment plus ambiguës et dénuées d’ancrage historique, s’érigeant dans une relation négative non pas avec l’abstraction-valeur elle-même, mais avec des catégories telles que « les Lumières » ou « l’identité », qui, de par leur « mauvaise » abstraction, reviennent finalement s’inscrire, comme l’a souligné Trenkle, dans la perspective philosophique adornienne. Il serait imprudent de s’avancer jusqu’à suggérer que les affirmations les plus explicitement philosophiques de la théorie esthétique d’Adorno – et au premier chef la thèse selon laquelle l’abstraction artistique (par exemple, la « musique sérieuse » dans l’essai sur le jazz[32]) s’affranchit, d’une certaine façon, de la logique réifiante et fondamentalement nihiliste de l’abstraction-valeur – souffrent du même manque d’historicité. Car, dès lors qu’il s’engage et se situe dans l’espace médiat des objets esthétiques, culturels et éthiques dans leur spécificité, Adorno se laisse guider avec assurance par la vérité historique que ces objets, inconsciemment, détectent eux aussi : à savoir que les seules choses garantissant désormais leur existence sont, d’une part, la crise terminale de la société régie par le « travail » abstrait et la logique de la « valeur qui s’autovalorise », et d’autre part la possibilité historique de son abolition.


 

Neil Larsen

 

NOTE
 

[1] Theodor W. Adorno, Minima Moralia. Réflexions sur la vie mutilée, trad. E. Kaufholz et J.-R. Ladmiral, Payot, 1980, p. 47. L’allemand original dit : « Das Ganze ist das Unwahre » (Francfort, Suhrkamp, 1969, p. 57). En note de bas de page de sa traduction du livre en anglais (Londres, NLB, 1974, p. 50), E.F.N. Jephcott remarque qu’Adorno inverse une maxime tirée de la Phénoménologie de l’esprit de Hegel, « Das Wahre ist das Ganze » (le vrai est le tout), mais Jephcott, bizarrement, opte pour le mot « false » (faux) plutôt que « untrue » (non-vrai).

 

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10 luglio 2017 1 10 /07 /luglio /2017 05:00

Da Marx al bolscevismo: Partiti e consigli

II.

Un erede deciso

Sul terreno della teoria "marxista", possiamo trovare che Lenin ha qualcosa di religioso. Dobbiamo riconoscere, a suo vantaggio, che a partire dal 1902 circa, egli si preoccupò molto poco di citare i padri fondatori. Due o tre testi e alcune lettere di Marx gli bastano e avanzano, quando si tratta di giustificare la sua idea di partito proletario nella rivoluzione borghese. Il suo principale riferimento è l'Indirizzo di marzo 1850, considerato (a torto, crediamo) come lo scritto più blanquista di Marx e Engels. Il settembre del 1917 e i Soviet gli faranno tornare in mente  l'Indirizzo sulla Comune. Scriverà Stato e Rivoluzione, in cui copia i comunisti dei consigli, per poi ingiuriarli successivamente in Estremismo, malattia infantile del Comunismo.

Non fa mai allusione al testamento politico di Marx e Engels sul futuro sociale della Russia; né alle loro relazioni con i populisti e i primi marxisti russi.

Era tutto questo pensare e agire, come voleva Engels, domandandosi cosa avrebbe fatto Marx nella stessa situazione storica e sociale? Lenin ne è stato forse convinto. Eppure, se si mette da parte la sua opera Lo sviluppo del capitalismo in Russia (scritto in prigione e in esilio nel 1896-1897, dunque prima del suo ingresso nella vita politica), Lenin non ha mai tentato di analizzare seriamente la struttura economica e sociale del paese. Un nuovo esame del problema non era più necessario per lui, essendo data la linea politica da seguire. Aprite uno qualunque dei suoi scritti politici o "filosofici", vi troverete una sola e unica ossessione: costruire una macchina per l'insurrezione e la presa del potere; con questo obiettivo: "la rivoluzione democratica". Di nuove analisi, nulla.

Sino al 1900, era contento di provare, e con quale accanimento! che la Russia era sulla strada del capitalismo. Le sue esposizioni, i suoi elogi, hanno come un'intonazione di gelosia nei confronti della borghesia russa. Si preoccupa molto poco dei punti di vista di Marx e di Engels sul futuro del capitale in Russia, sulle sue opportunità della comune contadina, sulle prospettive della rivoluzione. Dieci anni dopo la morte di Engels, è del tutto dimenticato l'avvertimento così spesso lanciato ai "discepoli" russi che la rivoluzione non è un regalo offerto al popolo da parte di un gruppo di tecnici della rivoluzione. Non del tutto dimenticato tuttavia, perché Lenin si è contraddetto a proposito della presa di coscienza rivoluzionaria. Così, dirà a proposito del 1905: "La pratica, come sempre [sottolineato da noi] ha preceduto la teoria". E nel 1906: "Il marxismo si rimette alla scuola della pratica delle masse".

Si riconosce del resto la sua vera e più costante opinione: "Senza teoria rivoluzionaria, niente movimento rivoluzionario". Per Marx, al contrario, la teoria rivoluzionaria non faceva altro che formulare ed evidenziare  nell'astrazione il movimento autonomo del proletariato.

Più ancora: il proletariato non può, ritiene Lenin, penetrare il segreto della sua miseria; non può dargli un senso "storico"; non può, da sé, pensare il socialismo. La sua analisi separa la coscienza "trade-unionista" e la coscienza "socialista": abbiamo visto che per Marx quest'ultima emanava dalla classe operaia; per Lenin, essa proviene dall'intellettualità (borghesia), la sola capace di capire la situazione. Ecco un'idea (è quella di Kautsky, citato nel Che fare?) che, unita alla concezione leniniana di una rivoluzione borghese realizzata dalla dittatura del proletariato e dai contadini poveri, conferisce a questo pensiero, e all'azione politica che essa richiede, un carattere "borghese", come lo ha dimostrato benissimo Pannekoek [4].

Vogliamo ora un esempio del suo modo, quando si tratta di ammantarsi dell'autorità dei grandi teorici socialisti? Dalla prefazione di Engels a La Guerra civile in Francia, scritta nel 1891, egli cita in Stato e rivoluzione - in cui è più vicino al comunismo dei consigli - tutto, tranne i passi che, attraverso i blanquisti, esprimono la condanna del bolscevismo:

"Educati alla scuola della cospirazione, tenuti uniti dalla rigida disciplina loro corrispondente, essi partivano dal principio che un numero relativamente piccolo di uomini risoluti e bene organizzati fosse in condizione, in un dato momento favorevole, non solo di impadronirsi del potere, ma anche di mantenerlo, spiegando una grande energia scevra d’ogni riguardo; fino al punto in cui sarebbe loro riuscito di lanciare la massa del popolo nella rivoluzione e di raggrupparla intorno a una piccola schiera che li guidasse. Per questo occorreva soprattutto l'accentramento più energico, addirittura dittatoriale di ogni potere nelle mani del nuova governo rivoluzionario. E che fece la Comune, la quale per la grande maggioranza era composta di questi blanquisti? In tutti i suoi proclami ai francesi della provincia, li spinse ad una federazione libera di tutti i comuni francesi di Parigi; ad una organizzazione nazionale, la quale doveva avverarsi per la prima volta per mezzo della nazione stessa. Appunto questo potere repressore del governo fino allora centralizzato, esercito, polizia, politica, burocrazia, che Napoleone aveva prodotto nel 1798 e che da allora in poi ogni nuovo governo aveva accettato come fatto compiuto e sfruttato contro i suoi avversari, appunto questo potere doveva venir meno dappertutto, come già era avvenuto meno a Parigi".

Lenin riconosce che le masse russe sono più avanzate dei partiti nella via del radicalismo politico, egli accorda tuttavia più importanza al ruolo dei leader, guide dell'azione di classe. La sua concezione del partito è un intreccio di idee socialdemocratiche tedesche (Kautsky) e di idee cospirative specificatamente russe (Bakunin) e blanquiste (Tkatchev); carattere dominante. l'opportunismo. Per certi aspetti, è in giacobinismo fratello di Lassalle, molto più che di Marx. Questa comparazione si trova ad esempio in Martov, che denuncia "la dittatura occulta dei teorici", e che rimprovera a Lenin il suo "formalismo burocratico", il suo assolutismo e il suo giacobinismo [5].

Mella pratica, così come nella teoria, lo si è visto prendere delle posizioni differenti. Nel 1917, quando rientra in Russia, sembra porsi a scuola (i soviet). Poi, quando, durante gli avvenimenti di giugno-luglio, i bolscevichi sono braccati dal governo senza che i soviet intervengano, Lenin cambia opinione e rivendica per la sua fazione la leadership esclusiva. E' finalmente la posizione iniziale di Lenin che prevale definitivamente - la posizione di un cesarismo illuminato dal... marxismo [6]. Lenin ha accettato il rimprovero fattogli da Rosa Luxemburg e Trotsky (nel 1903-1906) di essere un giacobino.

Rosa ha posto il dito sulla piaga scrivendo che Lenin si situava all'esterno del proletariato e della sua organizzazione, che è "il movimento stesso della classe operaia". E trotsky ha previsto l'esito, compresa la sua caduta, quando predice che "i metodi leninisti conducono a una situazione in cui l'organizzazione del proletariato  si sostituisce al proletariato, il Comitato centrale si sostituisce all'organizzazione e infine il dittatore si sostituisce al Comitato centrale. Lenin e i bolscevichi si rappresentano una dittatura sul proletariato". E Plechanov: "E' di questa pasta che sono fatti i Robespierre" (1903).

(Queste considerazioni, per quanto profetiche siano, non poggiavano su un esame della concezione fondamentale di Lenin, quella di una "rivoluzione democratica" nella quale il proletariato russo, aiutato dai contadini poveri,  avrebbero assunto la direzione politica. Ciò che i Martinov, Plechanov, Martov, rimproveravano a Lenin, fu piuttosto la sua concezione dell'organizzazione del partito; e non vi è questione nelle loro controversie del ruolo del capitalismo e della borghesia in Russia).

L'inesistenza di una via parlamentare risparmia ai leader marxisti alcune controversie, ma... l'accordo è conseguito su un punto capitale: caduta dello zarismo e instaurazione di un regime di democrazia parlamentare di stile occidentale. Soltanto i social-rivoluzionari conservano nel loro programma - meglio aderente alla teoria sociale di Marx - delle rivendicazioni conformi alle peculiarità sociali della Russia. Allo stesso modo dei populisti, di cui sono i continuatori, sono più vicini alla vita delle masse, mentre le frazioni nemiche del partito marxista litigano su questioni di organizzazione buro-tecnocratiche.

Nulla mostra meglio la giustezza delle aspettative di Marx della lotta delle masse russe contro lo sfruttamento e l'oppressione. Il partito marxista non è quasi presente: di tutte le tendenze, il marxismo politico è quello che ha meno dato al movimento dei soviet del 1905. Non darà di più ancora nel 1917 - al contrario: il dinamismo spontaneo dei soviet si spezzerà contro l'autorità dittatoriale del partito bolscevico, che si farà strumento del capitale di Stato e della sua buro-tecnocrazia.

Marx era profeta, quando formulava per Mikliailovski l'alternativa ditata sopra. Nessun genio, e Marx meno di chiunque altro, poteva allora predire che la trasformazione della Russia in "nazione capitalista" sarebbe avvenuta quarant'anni dopo in nome del marxismo e del socialismo. E tuttavia, equivoco o impostura, i padroni marxisti della Russia hanno avuto meno difficoltà ad imparare nell'opera di Marx i metodi del capitale, le "leggi immanenti" del plusvalore, che il modo di edificare il socialismo. Invece di "ricette per l'osteria del futuro", che Marx aveva rifiutato di offrire alla posterità, essi hanno imparato che "il capitale viene al mondo sudando sangue e fango da tutti i pori" [7].

Lenin ha fermamente pensato che nell'aprile del 1918 la rivoluzione era terminata; e che la rivoluzione socialista cominciata il 7 novembre 1917 era all'ordine del giorno come compito dei leader politici, membri del P. C. (b) e di tutti i rappresentanti coscienti delle masse operaie. In compenso, il compito del proletariato, e della sua protetta la classe dei contadini poveri, è di socializzare la produzione, e cioè  creare degli organismi pianificatori della produzione e della distribuzione dei prodotti. Il partito deve innanzitutto affrontare il compito di organizzare l'amministrazione del paese, di questa nuova Russia conquistata per i poveri, i lavoratori; deve - per la prima volta nella storia, è il compito di un partito socialista - rendersi degno di realizzare la trasformazione socialista. E questo malgrado la resistenza della borghesia, dei menscevichi e dei socialrivoluzionari di destra.

E a Lenin di ricordare le regole della buona contabilità e del risparmio, della buona disciplina che un tempo i "proletari rivoluzionari" hanno disprezzato. Realizzare questi metodi di gestione, è "necessario e sufficiente per il trionfo del socialismo", Soprattutto niente anarchismo "elementare"! Bisogna essere fieri di aver raggiunto il livello occidentale del 1793 e del 1871, e di aver anche superato questo livello, poiché "abbiamo decretato e introdotto in Russia il miglior tipo di Stato, il potere dei soviet. Ciò di cui ora abbiamo bisogno, sono degli specialisti della scienza e della tecnica, dei dirigenti". Il socialismo deve sviluppare a modo suo la base del capitalismo, accettare i servizi ben pagati degli specialisti borghesi, il che è un compromesso necessario, una deviazione dai principi della Comune parigina, un passo indietro del potere politico, una "ritirata strategica".

Ecco ciò che Lenin chiama "una trasformazione socialista": la nazionalizzazione delle banche, il monopolio del commercio estero, il controllo pubblico della circolazione monetaria, la creazione di una imposta sulla ricchezza e il reddito, il servizio obbligatorio del lavoro; non trascurare la repressione e la condanna a morte degli elementi corrotti; per ogni borghese il proprio libretto di lavoro e di consumo; si tratta di "accerchiare" il nemico; di combattere l'anarchismo e l'anarco-sindacalismo che sono dei fatti borghesi; di sviluppare il controllo operaio, le cooperative di produzione e di consumo sapendo economizzare, calcolare e aumentare la produttività del lavoro...

Insomma, tutte le virtù del sistema capitalista sono sono proposte come modello ai costruttori del socialismo. Poiché "il russo è un cattivo lavoratore", in confronto ai lavoratori  delle "nazioni avanzate", si deve insegnargli il taylorismo che ha le sue virtù nel periodo di transizione dal capitalismo al socialismo (i suoi vizi barbari sono quelli dello sfruttamento borghese).

La dittatura, "è una parola grossa", e non si deve pronunciarla alla leggera. Dei poteri dittatoriali sono stati attribuiti a dei direttori, e nessuno hanno visto in ciò una violazione della democrazia e di altri principi del potere sovietico. Ma cosa ci insegna la storia dei movimenti rivoluzionari? "L'esperienza irrefutabile della storia prova che... la dittatura delle classi rivoluzionarie fu molto spesso espressa, assunta ed eseguita dalla dittatura di persone individuali...". 

 

 

« L’expé­rience irréfutable de l’histoire prouve que… la dictature des classes révolution­naires fut très souvent exprimée, portée et exécutée par la dictature de personnes individuelles… » Comme dans la démo­cratie bourgeoise. La grande industrie réclame la « subordination de milliers de personnes à la volonté d’un seul indi­vidu ». Il n’y a pas de « bond » du capitalisme au socialisme — les bonds sont longs, il y a des chaînons qu’il faut savoir saisir… La bureaucratie menace ; il faut savoir louvoyer… Les ergoteurs qui voient dans tout cela un abandon des principes d’Octobre oublient que la Russie est un pays arriéré où la révo­lution socialiste a commencé beaucoup plus tôt que dans les pays avancés.

Lénine ne pouvait pas mieux dire : « Il nous faut le pas mesuré des batail­lons de fer du prolétariat » (8).

*

Isaac Deutscher parle d’or, selon qui les marxistes russes ont eu raison contre Marx et Engels, ces derniers ayant fait preuve, dans leurs discussions avec leurs disciples russes, d’« inconsis­tance intellectuelle » (9). Mais sans y prendre garde, et d’un trait de plume, cet auteur supprime allègrement toute la théorie sociale de Marx.

Bien entendu, tout cela n’est vrai qu’à une condition : il faut que l’IT.R.S.S. soit un pays socialiste (et M. Deutscher le pense). Si on la tient, au contraire pour un état capitaliste d’un type nou­veau (et c’est ce que nous pensons), on peut admirer Marx et Engels : il est frappant de voir à ce point vérifiés leurs pronostics sur l’avenir capitaliste de la Russie.

Leur indigence mentale, M. Deutscher n’en parle pas sans avoir ses motifs. On peut penser qu’il lui oppose l’aberrante « théorie » soutenue par Trotski dans son Histoire, de la Révolution russe (Rieder, 1933) : « Le privilège d’une situation historiquement arriérée… autorise un peu­ple…, le force à s’assimiler du tout fait avant les délais fixés, en sautant une sé­rie d’étapes intermédiaires» (I, p. 19). De ce privilège, de ce saut, de cette assimila­tion, Trotski aura pu contempler les bienfaits avant de disparaître. « La Rus­sie a accompli si tard sa révolution bourgeoise qu’elle s’est trouvé forcée de la transformer en révolution proléta­rienne, etc. Cela semble absurde. Cepen­dant, l’histoire est pleine de ces para­doxes. » (III, p. 7.) « L’histoire, comme toujours, a suivi la ligne de moindre résistance. L’époque révolutionnaire fait irruption par la porte qui avait été le moins soigneusement barricadée. » (Dé­fense du terrorisme, 1920, éd. 1938, p. 111.) Oui, cela pouvait sembler absur­de à un « marxiste », à un tenant du « socialisme scientifique », doctrine qui pose pourtant en principe que plus -une nation est arriérée et paysanne, moins elle est appelée à accomplir une révolu­tion prolétarienne. Il est plus simple et correct de parler pour ces pays de révo­lution capitaliste. La loi du « développe­ment combiné des pays arriérés » ? Elle peut être juste, * à condition de savoir de quoi on parle : il est certain que Sta­line a « combiné », sous la couleur pro­létarienne, les institutions et méthodes du capitalisme le plus avancé, avec un style de gouvernement que même le tsa­risme n’avait pas encore pratiqué (avoue Khrouchtchev). Certes, Trotski n’avait pas confondu la révolution prolétarienne ou la dictature du prolétariat avec le socialisme ; il s’en gardait, s’appuyant sur Marx. Mais il faut bien constater qu’il confondit le parti bolchevik et la classe des travailleurs (« la dictature des Soviets n’est possible que grâce à la dictature du parti. » Défense, du terro­risme, 1920, p. 121.) ; qu’on en parle à tous les « militarisés du travail », qui suèrent sang et boue.

Car enfin parlons histoire, comme Marx (et non Histoire, comme Trotski, qui nous la baille parfois). Il nous appa­raît aujourd’hui que la fonction de Lé­nine et de son parti fut de remplacer la bourgeoisie russe ; laquelle, comme toute bourgeoisie, avait pour tâche de créer les présupposés matériels du socialisme futur, à savoir : une économie capita­liste. Les bolcheviks avaient un moyen à leur disposition : présenter cette con­ception bourgeoise et jacobine sous un déguisement « marxiste » en appelant l’autocratie du parti bolchevik « dicta­ture du prolétariat ». Tant il est vrai que le Capital a besoin de moyens d’op­pression idéologique tout autant que de moyens d’oppression économique.

En un sens, Lénine fut le « marxiste » parfait : il a joué son rôle historique conformément à la « loi du mouvement économique de la société bourgeoise. », que Marx disait avoir dévoilée. Le rôle dévolu partout ailleurs à la classe bour­geoise, Lénine et son parti l’ont joué en

Russie ,et très bien joué. Lénine était donc marxiste commç nous sommes new- tonistes, nous tous qui nous mouvons et chutons en gravitant (10).

Loin de nous l’idée de mettre en cause la théorie de Marx, qui voit le capita­lisme engendrer la société sans classes et sans Etat, par son propre mouvement : la négation de la négation. Si cette théo­rie est juste, nous ne le saurons que par les actions de l’avenir ; l’histoire des lut­tes prolétariennes nous le donne déjà à , penser. Mais disons les choses comme elles sont dans le présent : le capital est le capital, même si la plus-value extor­quée aux producteurs est par baptême une plus-value « socialiste » ; l’Etat est l’Etat, l’armée est l’armée, même si la police et la méga-bombe sont « commu­nistes ».

*

Conclusion.

1914-1918 semble marquer le commen­cement du déclin de l’Occident et l’entrée en scène d’un césarisme oriental, au sens de la prophétie pseudo-scientifique de Spengler. Si la remarque est vraie, c’est un démenti infligé au Manifeste commu­niste, d’après lequel la bourgeoisie occi­dentale (européenne) avait pour vocation de créer le monde à son image.

Ce renversement apparent des perspec­tives historiques de 1848 est dû au mar­xisme bolchevik, plus exactement au léninisme-stalinisme. Lorsque Marx dé­nonçait dans le tsarisme une aspiration à la domination mondiale, il ne se dou­tait guère que la même ambition pût être celle d’un régime russe inspiré par son enseignement.

Initialement, Lénine attendait le salut russe d’une révolution prolétarienne en Europe occidentale. Par salut russe, il entendait le maintien au pouvoir d’Etat du parti bolchevik, incarnation de la dictature du prolétariat russe. L’Ouest ne bougeait pas ; et en Russie, une nou­velle classe dominante et exploiteuse pre­nait la place de l’ancienne. L’appareil politique créé par Lénine et ses fidèles n’avait dès lors plus de raison d’être en tant qu’institution d’attente. Il fallait se transformer en organe d’un pouvoir sta­bilisé, capable de durer et d’assurer coûte que coûte les fondations matérielles du nouveau pouvoir, de la nouvelle élite.

Cette installation se fit sous le signe du massacre des insurgés de Cronstadt, et de la N.E.P. : autrement dit, sous le signe du passé. Héritier de l’appareil, un Sta­line n’avait que faire de demi-mesures et de demi-méthodes. Sous sa poigne, les ouvriers et les paysans ont bâti tant bien que mal le « socialisme en un seul pays», c’est-à-dire un type très accusé de capi­talisme d’État. À défaut d’une bourgeoi­sie capitaliste au sens classique du terme, il existe en U.R.S.S. une élite dominante, identifiée au Parti, qui dé­tient en sa propriété, baptisée « propriété sociale », et le pouvoir économique, et le pouvoir d’État.

C’est là ce que Marx et Engels pré­voyaient lorsqu’ils imaginaient l’étape suprême du développement capitaliste.

*

Une chose est claire, lorsqu’on oublie le côté scholastique des conflits de partis et de fractions avant et après octobre 1917 : les masses russes n’en ont guère été touchées. 1905 ne fut l’œuvre d’au­cune fraction social-démocrate, d’aucun parti. Les masses y ont fait leur expé­rience. sans souci de théorie, d’histoire, ou de modèle social élaboré. En 1905 comme en 1917, les partis n’ont influencé les masses que dans la mesure où leurs délégués ou membres, participant à des mouvements de masses, renonçaient à toute théorie et à tout programme poli­tique. Même en 1917, les Bolcheviks n’ont pu agir sur les soviets qu’en se faisant les instruments de leur volonté. Pareille marche des hommes et des choses per­mettait un espoir : que le soviet prît la place de la commune, en laquelle Marx avait vu la source d’une régénération sociale de la Russie. Lénine eut le génie de saisir l’originalité de la situation, la portée de la promesse soviétique. Ce ne fut qu’un moment, et le choix se porta sur le pouvoir. Il faut dire que la défaite des soviets eût été difficilement évitable» vu leur dispersion et leur inexpérience. Et les chefs bolcheviks avaient tout pour s’attirer les sympathies des masses, com­parés aux hommes du gouvernement en place.

Portés au pouvoir par les soviets, deve­nus un corps d’élite politique, les bolcheviks ont peu à peu usurpé les pouvoirs de leurs mandants, selon cette « loi de l’oligarchie » que Robert Michels a for­mulée (11). Ils s’y étaient préparés de longue date, et Trotski, naïveté ou cynis­me, l’a mainte fois reconnu, avant et après 1917. Faisant le bilan, en 1910, après la réconciliation des fractions menchéviks et bolcheviks, du mouvement ré­volutionnaire russe, il montre avec une lucidité déconcertante que l’intelligentsia marxiste n’a pas eu la moindre prise sur les organisations ouvrières et paysannes constituées spontanément dans et par la lutte. En occupant les postes de direc­tion de la social-démocratie, les intellec­tuels russes y introduisirent leur « esprit sectaire », leur « individualisme d’intel­lectuels », leur « fétichisme idéologique». Cependant les masses ouvrières purent trouver dans les deux fractions de quoi fortifier leur lutte de classe, donnant ainsi « l’illusion que les deux courants avaient de profondes racines dans le pro­létariat ». Trotski voit apparaître, vers 1908, un « nouveau type de parti » dans les rangs mêmes des ouvriers avancés groupés dans une variété d’associations autonomes hors-parti, et qui consti­tuaient d’eux-mêmes des soviets de délé­gués. Bien entendu, pour Trotski, l’éloge n’a de sens que parce que « les ouvriers avaient conscience d’être des social-démocrates, ils avaient l’instinct du parti dans les os(souligné par nous). Ils étaient des sociaux-démocrates sans so­cial-démocratie ». Tout cela le conduit à la conclusion que désormais. « aucune fraction ne pourra plus, contre la volonté de la couche consciente des ouvriers, traîner les masses à sa remorque » (12).

En devenant à son tour chef bolche­vik, Trotski se découvrira un talent extraordinaire pour contraindre les ou­vriers à la remorque du parti.

Pour conclure, nous pourrions formu­ler une hypothèse de travail : la « con­quête du pouvoir politique » est leurre, c’est le piège absolu ; c’est le suicide du mouvement ouvrier. Pour ambigu qu’ait été l’héritage de Marx, il en reste pour­tant un acquis : l’auto-émancipation ou­vrière ne peut être que sociale, et le moyen n’en est pas la conquête de l’État, mais sa destruction, et la destruction de tout pouvoir politique. Seule la conquête du pouvoir social, tel que l’enseigne le socialisme des conseils, peut redonner un sens et une âme au mouvement ouvrier.

Maximilien RUBEL

[Traduzione di Ario Libert]

Note
(1) Voir mes
Remarques sur le concept de parti prolétarien chez Marx, « Rev. fr. de Sociologie », 1961, II, 3.
(2) Le témoignage le plus véhément de cette phobie est sans doute récrit de Marx intitulé :
Révélations sur l’histoire diplomatique… Cette œuvre n’a été accueillie ni dans dans la première ni dans la seconde édition russe des œuvres de Marx-Engels.
(3) Le projet du programme d’Erfurt (1891) de la social-démocratie allemande contenait un alinéa qu’Engels avait revu et approuvé, mais qui disparut dans le texte définitif (sans doute pour éviter de froisser les lassaliens): « Le parti social-démocrate n’a rien de commun avec le socialisme d’État qui est un système d’étatisation à des fins fiscales, et qui met l’État à la place de l’entrepreneur privé, réunissant ainsi en une seule main le pouvoir de l’exploitation économique et de l’oppression politique de l’ouvrier ».
(4) Harper (Anton Pannekoek) ,
Lenin als Philosoph, Ams­terdam, 1938.
(5) Axelrod observe chez lui le centralisme autocratique, une volonté d’étouffer par système toute initiative des individus. On connait la réponse de Lénine dans
Un pas en avant, deux pas en arrière.
(6) Bonne description chez M. Collinet,
Le Bolchevisme, 1957, 77 s.
(7)
Le Capital, Livre I., chap. 24, § 6.
(8) Toutes ces citations proviennent des « Tâches immédiates du pouvoir soviétique« , paru dans
Ivestiia, 28 avril 1918.
(9) I. DEUTSCHER, Russia in Transition, New York, 1960, p. 184.
(10) Cf. M. RUBEL,
La croissance du capitalisme en U.R.S.S., « Economie appliquée », septembre 1957.
(11) Max Weber a vu la révolution de février 1917 sous un éclairage qui mérite réflexion. Voir l’excellente étude de Richard Pipes : Max Weber et la Russie, dans « Le Contrat Social », mars et mai 1960.
(12) Trotski, « Die Entwicklungstenden­zen der russischen Sozialdemokratie », in
Die Neue Zeit, 50, 1910, XXVIII/2.

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25 giugno 2017 7 25 /06 /giugno /2017 05:00

Presentazione delle lettere di Anton Pannekoek

 

Maximilien Rubel

Lettere di Pannekoek

 

Avvertenza

Le lettere ed estratti di lettere che pubblichiamo provengono da una corrispondenza che abbiamo avuto con Anton Pannekoek (1873-1960) negli anni 1951-1955, in lingua tedesca. Il lettore indovinerà facilmente il contenuto delle nostre lettere dalle risposte e critiche formulate dal pensatore olandese. Così ci siamo limitati a citare i passaggi delle nostre lettere fatte oggetto di osservazioni del nostro corrispondente. Ci è sembrato tanto più importante cedere la parola all'autore di I Consigli operai in quanto così gli viene offerta l'occasione di completare e precisare le sue concezioni "marxiste" a proposito delle questioni fondamentali del movimento operaio nei suoi aspetti eziologici e la sua finalità emancipatrice. Ci riproponiamo di fornire ulteriormente sotto forma di un libricino più ampiamente documentato, un'edizione integrale di questa corrispondenza. Il lettore francese che conosce il tedesco dovrà accontentarsi nell'intervallo delle spiegazioni in francese di cui facciamo precedere ogni lettera o estratto di lettere Abbiamo rispettato il testo originale delle lettere, tranne correggere alcuni errori grammaticali (regime dei verbi) e la punteggiatura in alcuni luoghi insufficiente; inoltre, abbiamo trascritto per intero le abbreviazioni utilizzate dall'autore.

Riteniamo utile completare quest'Avvertenza, citando qualche estratto della Presentazione che abbiamo posto in testa alla traduzione del testo tratto da I Consigli operai, pubblicato nel libro Conseils ouvriers et Utopie socialiste (Cahiers du Centre d'Etudes Socialistes, Paris, maggio-giugno 1969). Riassumendo la prima parte del libro di Pannekoek, scrivevamo: "La Seconda guerra mondiale avendo lasciato l'Europa in stato di devastazione e di miseria, incombe agli operai del mondo intero prendere in mano il proprio destino e la sorte dell'economia mondiale per liberarsi da se stessi e liberare il mondo dal modo di produzione capitalista. Essi devono dapprima prendere coscienza della loro condizione e della vera natura dell'organizzazione capitalista allo scopo di diventare i padroni della produzione, perché sono le principali vittime del sistema capitalista. I rapporti sociali devono subire un cambiamento totale e profondo. Cosciente delle contraddizioni del capitalismo, la classe operaia ha acquisito un nuovo senso del diritto e della giustizia. Essa aspira a un ordine sociale fondato sulla proprietà comune dei mezzi di produzione. Questo sistema di produzione sorgerà dalla lotta di classe e non dalla testa e dalla volontà di una nuova elite dirigente. Gli operai avranno cominciato l'organizzazione della produzione sul luogo stesso del loro lavoro, nelle officine, le fabbriche, in uno spirito di cooperazione e con la volontà di coordinare i compiti da compiere, secondo le regole d'amministrazione e di ripartizione stabiliti in comune. Ma gli operai devono capire innanzitutto che il capitalismo li opprime non soltanto economicamente ma anche e soprattutto intellettualmente. Il loro primo compito è dunque di vincere il capitalismo teoricamente prima di sconfiggerlo materialmente. Essi devono anche respingere il socialismo di Stato, fondato sulla proprietà pubblica dei mezzi di produzione e sul principio della direzione autoritaria e gerarchica. La trasformazione della società sarà essenzialmente la trasformazione delle masse operaie nell'azione, la rivolta, l'auto-emancipazione. Si può pensare che Pannekoek non fa che imitare i grandi utopisti, tracciando un ritratto così idealizzato della classe operaia. Ma ciò significa dimenticare la differenza essenziale che separa questo ritratto dal Lavoratore futuro, dal quadro della città futura. Perché per Pannekoek il primo è la condizione della seconda. Se il lavoratore non cambia mentalità, la società resterà una società di sfruttamento e di oppressione. Naturalmente, l'autore non esprime delle ipotesi, ma delle convinzioni, addirittura delle certezze. Astronomo e antropologo, ha fede nell'uomo e nelle sue possibilità evolutive. E' grazie a questa fede che ha potuto scrivere I Consigli operai in piena guerra, mentre le classi operaie dei paesi industrializzati erano intente a librarsi in uno dei più grandi massacri della storia. Ci si accorge di colpo che il "socialista scientifico" Pannekoek era innanzitutto  l'uomo di una fede per cui la scienza non era che un mezzo per costruire delle ragioni di credere e di esperire. Per completare queste osservazioni aggiungeremo degli estratti di una lettera che Pannekoek rivolse a un amico francese (M. R.) nel 1952.

"E' una buona idea voler discutere, in un circolo Zimmerwald, della situazione e della tattica del socialismo (...). Il nome (di questo circolo) traccia la prospettiva di fronte alla molteplicità delle organizzazioni che, durante la Prima guerra mondiale, in Europa, hanno seguito i governi capitalisti e hanno così impedito ogni lotta operaia (union sacrée), un piccolo numero di persone si sono riunite per proclamare la loro opposizione e chiamare di nuovo alla lotta.

Oggi, si tratta di piccoli gruppi di fronte alla massa dei socialisti e dei sindacalisti governativi (...). Certo, non può ancora trattarsi di altra cosa che di discutere nuove forme di lotta e di organizzazione. Oppure ancora non di questo: tutto ciò di cui si può discutere, sono dei punti di vista generali, della teoria dello sviluppo mondiale e della lotta di classe. Ora, voi ponete una serie di domande a proposito della teoria dei consigli; vi vedete delle contraddizioni, delle difficoltà, delle impossibilità, e desiderate più chiarimenti, dei dettagli che non trovate nel libro I consigli operai. Ma non dovete dimenticare che impiegando il termine "consiglio operaio", non proponiamo soluzioni, ma poniamo dei problemi.

E ciò vuol dire che in quanto piccoli gruppi di discussione, noi non possiamo risolvere questi problemi, e non siamo noi a poter preservare il mondo dalle crisi e dalle catastrofi; e anche se tutti gli uomini politici e capi di organizzazioni si riunissero e volessero salvare il mondo, essi non potrebbero anche loro risolvere questi problemi.

Lo potrebbero fare soltanto delle forze di masse, di classi, attraverso la loro lotte pratiche (e cioè un'epoca, un periodo storico di lotta di classe).

Non siamo in grado - e non è il nostro compito - d'immaginare come esse lo faranno; le persone che si trovano praticamente e a tutti i momenti davanti a compiti dovranno farlo, per quanto ne saranno capaci. Ma allora si tratterà meno di prendere delle misure particolari o di scoprire delle forme d'organizzazione, che dello spirito che anima le masse.


E' quanto evidenziate voi stesso molto giustamente. Ciò che importa dunque e che possiamo fare, non è di immaginare al loro posto come dovranno agire, ma di far loro conoscere lo spirito, i principi, il pensiero fondamentale del sistema dei consigli che si riassumono in questo: i produttori devono essere essi stessi i padroni dei mezzi di produzione. Se il loro spirito se ne compenetra, essi sapranno essi stessi, necessariamente, ciò che si dovrà fare. Ci troviamo oggi nella stessa situazione di un tempo, quando si è rimproverato ai socialisti di rifiutarsi a rivelare esattamente come essi volevano organizzare la società futura e di rinviare la rivoluzione: le persone che faranno la rivoluzione avranno anch'essi da risolvere i loro problemi. La stessa cosa vale per il caso che ci preoccupa: quando poniamo come principio vivente che i lavoratori vogliono essere padroni dei loro mezzi di produzione, non abbiamo bisogno di romperci la testa per sapere come, in quale forma organizzativa, la cosa dovrà essere realizzata. Anche se vi si dice: "Ditecelo esattamente, altrimenti ci rifiutiamo di partecipare". E' da questo punto di vista che si dovrebbe affrontare la discussione sui mezzi di lotta. Di conseguenza, la propaganda dell'idea dei consigli non significa che se i lavoratori abolissero domani i partiti e i sindacati e li sostituissero con dei consigli tutta la situazione verrebbe di colpo cambiata. Ciò significa che le differenze di classe, il dominio di classe e lo sfruttamento non possono essere abolite con il parlamentarismo  e i sindacati, ma soltanto per mezzo dell'organizzazione dei consigli. Del resto, potete leggerlo in I Consigli operai: "i consigli sono il tipo di organizzazione naturale del proletariato rivoluzionario".

 

LETTERA DEL 21 LUGLIO 1951

NB — Avevo fatto pervenire ad Anton Pannekoek, attraverso la mediazione di Henk Canne Meijer (Henk CM), due articoli pubblicati in La Revue socialiste: "Pour une biographie monumentale de Karl Marx" [Per una biografia monumentale di Karl Marx] (ottobre 1950) e "Réflexions sur la société directoriale" [Riflessioni sulla società manageriale] (febbraio 1951). Henk anne Meijer (1890-1962), comunista dei consigli olandesi, fu uno dei principali animatori del movimento negli anni trenta, "l'anima del Gruppo dei comunisti internazionalisti" (GIC) di cui redasse in tedesco il "lavoro collettivo" pubblicato nel 1930 con il titolo Grundprinzipien kommunistischer Produktion und Verteilung (Principi fondamentali di produzione e distribuzione comunista).

In una lettera datata 11 settembre 1953, rispondendo alal domanda che gli avevamo posta di fornirci qualche elemento autobiografico, Anton Pannekoek ci scriveva "Per quanto riguarda la nota biografica (destinata a un articolo che doveva uscire in La Revue socialiste, M .R.), basterà ampiamente citare che sono nato nel 1873, che sono entrato nel partito socialista nel 1900, che sono stato membro attivo del Partito socialista tedesco (1906-1914), e che fui dal 1918 professore di astronomia e matematica ad Amsterdam"; per quanto riguarda i miei scritti, basterà menzionare I Consigli operai.

Considero sempre che l'eventuale pubblicazione di una traduzione della prima parte di questo libro sarebbe il mio migliore contributo al movimento operaio".

M. R.

 

Allegato

Estratti dai Nota Bene di alcune lettere:

 

 

LETTERA DEL 22 GIUGNO 1952

NB – Nella mia lettera del 19-6-1952, avevo ripreso la questione delle nuove forme della lotta di classe nel loro rapporto con le istituzioni democratiche che soltanto rendono possibile l'organizzazione di massa del proletariato militante. Avevo citato a questo proposito un passaggio di I Consigli operai in cui è detto, tra altre cose: "A certain amount of social equality and political rights for the working class is necessary in capitalism" (edizione inglese, 1950, p. 74). Il sindacalismo rivoluzionario non era forse un movimento della stessa natura di quello dei consigli operai in circostanze indubbiamente diverse ma che perseguivano lo stesso obiettivo con dei mezzi la cui principale risorsa era il comportamento individuale dei combattenti? Avevo scritto: "La lotta non è affare di una nuova teoria ma di uomini nuovi", qualunque sia il modo di organizzazione praticato dai lavoratori. Nessuna organizzazione di consigli è immune contro lo spirito burocratico o la volontà di potenza di minorità che sappiano sfruttare la fiducia della "base".

Terminando la mia lettera, esprimevo il desiderio di parlare del libro di Anton Pannekoek  davanti al Circolo Zimmerwald (creato da Daniel Martinet e sostenuto dal gruppo di militanti che pubblicavano La Révolution prolétarienne). Speravo di avere anche l'occasione di sollevare il problema della pubblicazione di I Consigli operai in versione francese (vedere la traduzione di un'estratto di questa lettera nella nostra introduzione).

M. R.

 

LETTERA DEL 19 MAGGIO 1954

NB – Anton Pannekoek risponde alla mia lettera del 5-5-1954 di cui non ho conservato copia. Pur dicendo di diffidare del termine "etica", Anton Pannekoek attribuisce un'importanza decisiva alle iniziative d'auto-educazione e di lotta sindacale degli operai che fanno prova in tal modo della loro volontà di affermarsi come forza intellettuale ed economica. Rinvia alla lettera che aveva spedito alla rivista marxista Socialisme ou barbarie in cui uscì sul fascicolo IV, aprile-giugno 1954. La menzione del nome di M. Mitrany si spiega con il fatto che avevo inviato a Anton Pannekoek un estratto pubblicato sulla Revue d’histoire économique et sociale e dove criticavo l'opera di quest'autore su "Marx et la paysannerie".

M. R.

 

LETTERA DEL 12 APRILE 1955

NB – Avevo relazionato (nella mia lettera del 6 aprile 1955) a Anton Pannekoek di un dibattito che avemmo nel nostro piccolo circolo di studi sulla rivoluzione in Cina, non senza sollevare indirettamente la questione del nostro "compito" di fronte agli avvenimenti di cui le ripercussioni mondiali dovevano a più o meno lunga scadenza spingere il movimento operaio in Occidente a delle scelte politiche decisive - come un tempo davanti alla rivoluzione russa.

In quanto all'estratto dell'"articolo sul libro di Kautsky", si tratta della cronaca che avevo dedicato alla voluminosa opera del teorico socialista tedesco: Die materialistische Geschichtsauffassung (…). Ci vedevo la conferma al contrario dell'argomento che avevo sostenuto lungo tutto il nostro dialogo. La società umana, infine storica, non potrebbe essere creata da esseri angosciati che costruiscono le armi di annientamento totale: ogni marxismo che trascuri la responsabilità etica degli sfruttati nella decadenza della società globale si condanna a non essere più di una speculazione "materialista" sulle opportunità di sopravvivere offre all'eterno troglodita.

M. R.

 

[Traduzione di Ario Libert]

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20 giugno 2017 2 20 /06 /giugno /2017 05:00

Il rogo del futuro

Robert Kurz

È con lo sviluppo della crisi economico-sociale, a partire dalla fine degli anni novanta, che la distruzione capitalista delle basi naturali è passata progressivamente in secondo piano. Ora, improvvisamente, i mutamenti climatici noti da tempo fanno di nuovo notizia. Parallelamente ai limiti interni della valorizzazione del capitale (disoccupazione di massa e sottoccupazione globale, economia delle bolle finanziarie e circuiti del deficit instabili) cominciano ad innalzarsi anche i limiti esterni della natura. Da un lato, per i prossimi decenni viene annunciato l'esaurimento delle riserve di energia fossile di facile accesso. Con tale esaurimento, si prevede un aumento di lunga durata dei prezzi dell'energia, fino al limite del sopportabile, e perfino anche oltre. Dall'altro lato, con l'emissione dei gas con effetto serra, viene programmato un riscaldamento globale, con catastrofi climatiche in parte già manifeste (siccità, inondazioni, uragani, ecc.). Secondo uno studio di Nicholas Stern, ex economista della Banca Mondiale, conseguentemente a tutto ciò, l'economia mondiale avrà un crollo del 20%.

In effetti, si potrebbero anche concepire in senso opposto le situazioni dei limiti naturali: lo shock economico dell'esplosione dei prezzi dell'energia potrebbe ridurre drasticamente le emissioni, portando ad una caduta della crescita, sommandosi però allo stesso tempo agli effetti delle catastrofi climatiche, che non si fermeranno a breve termine. Dal momento che la diminuzione relativa delle emissioni globali dal 1990 al 2000, che ha portato ad una falsa fine-allerta, non sono state dovute al protocollo del clima e alle misure di regolamentazione, ma al collasso economico del vecchio blocco dell'Est. È stato solo perché enormi strutture industriali sono state svalorizzate dal mercato mondiale e sono rimaste paralizzate che, secondo la segreteria della Convenzione Internazionale del Clima, le emissioni sono scese del 40% in questo spazio di tempo, con ripercussioni sui valori globali. Da quel momento in poi, circa il 25%, solo nel settore dei trasporti, a causa del processo di globalizzazione.

Responsabili non sono solamente le zone economiche di esportazione cinese e gli Stati Uniti. Anche l'Unione Europea cadrà molto al di sotto degli obiettivi del Protocollo di Kyoto. Ciò nonostante, la Commissione Europea ha mitigato i limiti delle emissioni di gas delle automobili, come conseguenza della lobby automobilistica tedesca. Dal momento che i conglomerati locali fabbricano soprattutto modelli che ostentano alte emissioni. Sebbene fosse necessaria una riduzione di 120 grammi di CO2 per chilometro, i vincoli stabiliti dall'Unione Europea sono stati aumentati a 140 grammi. Tuttavia la classe S della Mercedes emette più di 300 grammi; essendo questo permesso grazie alla gradazione sulla base della cilindrata. I tedeschi amano considerarsi "verdi" e romantici difensori delle foreste, ma nella realtà quella che trionfa è l'ideologia della potenza dei cavalli vapore.

Il capitalismo è una cultura della combustione, basata su un utilizzo di energia in continua crescita che, in un certo qual modo, brucia sé stessa, e insieme ad essa il futuro dell'umanità. La vuota retorica del posto di lavoro e la retorica, altrettanto vuota, del clima si sostengono a vicenda, in senso opposto. La crisi economico-sociale e la crisi ecologica cominciano a incrociarsi e a rafforzarsi l'un l'altra. Il modo di produzione e il modo di vita dominante ci lasciano solo l'alternativa fra una catastrofe climatica rallentata dal collasso economico, oppure, al contrario, che il rallentamento violento della catastrofe climatica possa portare alla violenta caduta dell'economia. Dopo di noi, il diluvio!

 

[Traduzione di Franco Senia]

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17 giugno 2017 6 17 /06 /giugno /2017 05:00

MARX LIBERTARIO

Maximilien Rubel

Si sa dunque ora che Marx non ha mai smesso di lavorare per la “rubrica” intitolata “lo Stato”. E’ infatti con una critica della morale politica di Hegel che egli ha cominciato la sua carriera di uomo di scienza “impegnato”, così come la ha terminata con un lavoro sulle prospettive rivoluzionarie nella Russia zarista. Soprattutto si sa che il primo progetto del “Libro sullo Stato” porta la data del 1845, quando Marx aveva appena scritto il primo abbozzo di una critica dell’economia politica. Trattare di un tema come “Marx teorico dell’anarchismo” senza sottoporre questo progetto al giudizio dei lettori e, più particolarmente, di quelli che non si stancano mai di accanirsi contro il “comunismo di Stato”, vuol dire privarsi di un argomento capitale. Ecco dunque gli undici temi scritti da Marx in un taccuino usato durante gli anni ’44-’47, non essendo possibile stabilire la loro data precisa:

I. La storia della genesi dello Stato moderno o la Rivoluzione francese. La tracotanza del politico (des politischen wesens): confusione con lo Stato antico. Rapporto dei rivoluzionari con la società borghese. Sdoppiamento di tutti gli individui in borghesi e cittadini (Bugerliche und Staatwesen).

II. La proclamazione dei diritti dell’uomo e la costituzione dello Stato. La libertà individuale ed il potere pubblico. Libertà, eguaglianza ed unità. La sovranità popolare.

III. Lo Stato e la società civile.

IV. Lo Stato rappresentativo e la Carta. Lo Stato rappresentativo costituzionale, o lo Stato rappresentativo democratico.

V. La separazione dei poteri. Potere legislativo e potere esecutivo.

VI. Il potere legislativo ed i corpi legislativi. Clubs politici.

VII. Il potere esecutivo. Centralizzazione e gerarchia. Centralizzazione e civilizzazione politica. Sistema federale e industrialismo. L’amministrazione pubblica e l’amministrazione comunale.

VIII. Il potere giudiziario ed il diritto.

IX. La nazionalità ed il popolo.

X. I partiti politici.

XI. Il diritto di voto, la lotta per l’abolizione (Aufhebung) dello Stato e della società borghese (13).

Marx si impegnò, nel febbraio del 1845, a cedere a un editore tedesco l’esclusività di un’opera in due volumi, che aveva per titolo Critica della politica e dell'economia politica (vedere prima). Si può dunque essere autorizzati ad affermare che lo schema precedente doveva servire all'autore, come quadro di riferimento per intraprendere i suoi studi. Molti dei temi enumerati erano stati già trattati negli scritti redatti da Marx prima dell’anno 1845, altri, invece, saranno oggetto dei suoi lavori durante tutta la sua attività di storico, di cronista politico e di polemista. “Il politico” sarà alla base dei suoi rapporti con gli anarchici affiliati alla Internazionale operaia.

All'elenco dei testi già menzionati, occorre aggiungere uno scritto polemico di una concisione e di una ironia tali che meriterebbe di essere citato per intero, in quanto documento conclusivo della teoria politica che si sviluppa da tutto l’insieme dell’opera marxiana e ne legittima la tensione strategica, finalizzata alla causa dell’anarchia.

Con un abile gioco di prestigio, Marx dà la parola a un difensore dell’“indifferentismo politico”, in modo che i discorsi citati, prima ancora di essere commentati, rivelano l’inanità del ragionamento sedicente anarchico. Basta modificare il carattere ironico del discorso fittizio, per giungere a ricostruire la concezione positiva del preteso “comunismo di Stato”: “La classe operaia deve costituirsi in partito politico, essa deve intraprendere azioni politiche, a rischio anche di urtare gli “eterni principi” secondo i quali la lotta contro lo Stato significa il riconoscimento dello Stato. Essi devono organizzare scioperi, lottare per salari più elevati o impedire la loro riduzione, al rischio di riconoscere il sistema del salario e di rinnegare i principi eterni della liberazione della classe operaia”.

“Gli operai debbono unirsi nella loro lotta politica contro lo Stato borghese, per ottenere concessioni, a rischio di urtare principi eterni accettando compromessi. Non c’è motivo per condannare i movimenti pacifici degli operai inglesi e americani, così come le lotte dirette a ottenere un limite legale della giornata lavorativa, dunque tese a concludere compromessi con imprenditori che potranno sfruttare gli operai solo dieci o dodici ore, invece di quattordici o sedici. Essi devono sforzarsi di ottenere l’interdizione legale del lavoro in fabbrica delle ragazze che hanno meno di dieci anni, anche se, con questo mezzo, lo sfruttamento dei ragazzi al di sopra dei dieci anni non è affatto soppresso – dunque, nuovo compromesso che urta la purezza dei principi eterni!”.

“Gli operai debbono esigere che lo Stato – come accade nella Repubblica americana – sia obbligato ad accordare ai figli degli operai la scuola elementare gratuita, anche se l’insegnamento primario non è ancora l’istruzione universale. Il budget dello Stato essendo stabilito a spese della classe operaia, è normale che gli operai e le operaie imparino a leggere, a scrivere ed a far di calcolo grazie all'insegnamento di maestri remunerati dallo Stato, in scuole pubbliche, – poiché – è meglio negare i principi eterni che essere illetterati ed abbrutiti da un lavoro quotidiano di sedici ore”.

“Agli occhi degli “anti-autoritari”, i lavoratori commettono l’orribile crimine di violazione dei principi, se, per soddisfare i loro meschini e profani bisogni quotidiani e per rompere la resistenza della borghesia, conducono la lotta politica senza ritrovarsi davanti a mezzi violenti, mettendo al posto della dittatura della borghesia la loro propria dittatura rivoluzionaria” (14).

Marx non immagina affatto di indicare questa dittatura operaia come “comunismo di Stato”, nonostante egli impieghi una formula non sprovvista di una certa ambiguità, col dichiarare che il nuovo potere, “al posto di deporre le armi e di abolire lo Stato”, conserva in qualche modo la struttura di coercizione esistente “nel dare allo Stato una forma rivoluzionaria e transitoria”. Queste righe, scritte diciotto mesi dopo la sconfitta della Comune di Parigi, ci provano che, nella teoria politica di Marx, gli avvenimenti del 1871 in Francia non costituivano un’esperienza suscettibile di essere evocata per illustrare il concetto di “dittatura del proletariato”. Abbiamo segnalato, tuttavia, l’errore commesso da Engels a questo riguardo e anzi, consideriamo utile ricordarlo in questo post-scriptum – che è naturalmente lungi dall'esaurire il dibattito sul tema esaminato – con qualche passaggio di un nostro testo pubblicato nel 1971: “Engels non poteva ignorare che, per Marx, la dittatura del proletariato era una fase di transizione “necessaria” – nel senso storico ed etico – fra il sistema capitalista e il modo di produzione socialista, ‘negazione’ del precedente. La teoria politica di Marx – che egli avrebbe indubbiamente sviluppato nel Libro sullo Stato previsto nel progetto dell’ ‘Economia’ – si basa sul principio dell’evoluzione progressiva dei modi di ‘produzione’, ciascuno dei quali crea, nel suo sviluppo, le condizioni materiali e morali del suo superamento da parte del successivo. A causa dei suoi propri antagonismi sociali, il capitalismo prepara il terreno economico e sociale del suo cambiamento rivoluzionario che non ha nulla di un fenomeno accidentale: affinché possa realizzarsi la dittatura del proletariato, le condizioni oggettive e soggettive devono aver raggiunto un livello di sviluppo che renda ogni ritorno indietro impossibile. In altri termini, il postulato della dittatura proletaria esclude l’eventualità di un insuccesso. Una dittatura, per meritare il nome di proletaria, deve raggiungere quel tipo di società di cui essa ha posto le condizioni iniziali. La sua esistenza non può essere dimostrata se non a posteriori. Di conseguenza, l’insuccesso della Comune prova che non vi fu dittatura del proletariato e che non poteva esserci” (15).

Accordando all'opera di Marx un posto eminente fra i contributi a una teoria dell’anarchismo, noi ci sforziamo di preservare l’eredità intellettuale dei pensatori rivoluzionari del XIX secolo. La nuova teoria nascerà da un movimento rivoluzionario su scala mondiale, senza il quale la “legge economica del movimento della società moderna” – che Marx affermava di aver rivelato – avrà la meglio sull'istinto di sopravvivenza e di conservazione della nostra specie. Laddove questa legge dipende dall'analisi scientifica del modo di produzione capitalistico – che sembra tuttavia lontano dall'aver raggiunto il termine del suo sviluppo – l'imperativo categorico della rivoluzione proletaria s’inscrive in quell'etica dell’anarchia di cui Kropotkin ci ha lasciato i prolegomeni (16).

 

[Traduzione di Marco Melotti]

 

NOTE

13) Cfr. Marx-Engels, Werke, Berlino (RDA), vol. III, p. 537. I punti da VIII a XI sono indicati con 8′, 8″, 9′ e 9″.

14) Cfr. K. Marx, L'indifferenza in materia politica, pubblicato su l’“Almanacco Repubblicano”, 1873, in Karl Marx e Friedrich Engels, Critica dell'anarchismo, a cura di Giorgio Bakhaus, Einaudi, Torino 1972, pp. 300 e segg. [N.d.r.: Rubel ricorre qui a un classico detournement sul testo marxiano, peraltro dichiarandolo apertamente].

15) Introduzione a Jules Andrieu, Note per la storia della Comune di Parigi nel 1871, Parigi, Payot, 1971, edizione curata da M. Rubel e L. Janover. Il volume sarà ripresentato dall'editore di “Spartacus”, Rene Lefeuvre.

16) Pierre Kropotkin, L'Etica, traduzione dal russo con un'introduzione di Maria Goldsmith, Stock+Plus, Parigi 1979. A un secondo volume è affidato il testo inedito di una bozza di cui la traduttrice riassume il filo di pensiero direttivo, pp. 8 e segg.

E’ utile segnalare uno studio italiano, in cui le tesi qui presentate ricevono chiarimenti complementari: Bruno Bongiovanni, L'Universale pregiudizio. Le interpretazioni della critica marxiana della politica, La Salamandra, Milano 1981. Va qui chiarito che Rubel definisce questo suo articolo come “post- scriptum”, in quanto proprio come tale esso è stato pubblicato, alla fine del 1983, su “Les cahiers du vent de chemin”, rivista di tendenza marxista-libertaria, rappresentando un logico completamento di un più corposo saggio che l’autore diede alle stampe molti anni fa, con il titolo di Marx teorico dell'anarchismo, all'interno di una ricca antologia di suoi brani, pubblicata a Parigi nel 1974, con il titolo di Marx critico del marxismo. Si noti, nel merito, che la traduzione italiana di tale opera di Rubel ha visto la luce soltanto nel 1981, per i tipi della Cappelli, e rappresenta a tutt'oggi (per quanto risulta a chi scrive) l’unico scritto rubeliano comparso nel nostro paese, oltre a un secondo articolo, Tesi su Marx oggi, stampato su “Quaderni del NO“ n. 2, nella primavera del 1986, e a un breve contributo, Riflessioni sull'utopia e sulla rivoluzione, comparso nel volume collettaneo, curato da Erich Fromm, L'umanesimo socialista, pubblicato dalla Rizzoli, nel 1975.

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14 giugno 2017 3 14 /06 /giugno /2017 05:00

XV

La mia piccola malata
 

Sei stata per sei anni la mia bambina. Sei stata per sei giorni la mia piccola malata.

Da dove viene dunque il fatto che rivedo più spesso la mia piccola malata pallida e che sorride nel suo letto che la mia bambina allegra, sempre di corsa, a saltare, così divertita e così divertente?

Mi volevi bene quando eri la mia bambina; ma mi sembra che mi amavi di più quando eri la mia piccola malata, quando avevi bisogno di me tutto il tempo.

E ti ho sempre amato molto, mia cara bambina; ma ti amavo ancor più quando eri la mia povera piccola malata e mi occupavo di te per tutto il tempo.

E poi, non era difficile ridere e farti divertire quando stavi bene; mentre ti devo molta riconoscenza per i tuoi pallidi sorrisi da ammalata.

O mio piccolo tesoro! Mia piccola amata fatta d'amore che, nelle tue sofferenze, aveva il coraggio di darmi la gioia del tuo sorriso.

XVI

Ricordi dolorosi
 

Perché sono così triste oggi e da dove viene il fatto che il mio spirito è ossessionato da ricordi penosi?

È tuttavia a te che penso, mia graziosa Passerottina. Ma ti vedo così pallida, così dolente! E sono vicino a te, così crudele!

Sei distesa, vibrante di dolore, nel tuo piccolo letto. E ti rifiuti di prendere le pozioni ordinate, e i chinini che dovevano sostenere la tua debolezza, e gli alimenti che devono darti la forza di combattere la malattia.

Eppure il medico ha detto: “Fategliele prendere, anche per forza”.

Ed esito a forzarti perché, di solito, sei così gentile, così obbediente, fai tutto quel che ti si dice... Se ti rivolti oggi, è perché ti fa senz'altro male, ciò che ti si chiede di fare.

E la tua povera piccola voce dolorante, velata, quasi spenta, me lo dice bene: “Papà, ho male alla gola. Se ingerisco, mi fa ancora più male. Non posso inghiottire. Papà, non forzarmi! Non fare male alla tua bambina che ami!”.

Faccio una grande fatica a non piangere. Eppure non piango. E non cedo alle tue suppliche che mi fanno venire voglia di piangere.

Il medico ha detto: “Anche con la forza!”. Non voglio disobbedirgli. Non voglio lasciarti indebolire contro il male che diventa più forte.

Ma come costringerti?

Ho messo vicino a me il grande mucchio delle tue immagini che ami tanto, che guardi così spesso, che baci, che ti divertono, alle quali sorridi. E ti dico:

- Bevi, o le butto nel fuoco.

Spero che la minaccia sarà sufficiente.

Ma no, la minaccia non basta. E ne getto una nel camino. Tu piangi vedendola bruciare. Io la vedo bruciare, ti vedo piangere, e trattengo le mie lacrime. Assumo l'aspetto cattivo:

- Bevi, o continuo!

Brucio ancora due o tre di queste povere immagini che ami. Finisci con il cedere. Bevi piangendo.

Ma, non appena hai bevuto, ecco che voliti la pozione presa per forza. E ti bacio, mia povera piccola, e ti dico che ti comprerò delle immagini, le stesse che ho bruciato, e altre ancora più belle.

E mi baci senza rancore. Mi dici:

- Perdonami, papà. Ti ho dato un dispiacere. Ma non potevo bere, non potevo!

Ah! quanto ho pianto non appena non hai potuto vedermi!

E io che ricordo così volentieri tutti i ricordi in cui ti vedo, ho sempre scacciato via questo quando riaffiorava. Oggi non ho potuto mandarlo via.. Mi ha torturato, tutto il giorno. Tutto il giorno, ho udito la tua povera voce quasi spenta che mi chiedeva grazia, ho visto i tuoi poveri occhi che piangevano, e le tue braccia così magre tendersi verso le fiamme in cui sparivano – gettate da me! - le cose che tu amavi!

Ecco perché sono così triste questa sera, mia cara passerottina. Ti ho fatto soffrire, e ti chiedo tanto, tanto, tanto perdono.


 

XVIII

Le uova di Pasqua
 

Due giorni prima di morire, avesti un capriccio di malata. Mi dicesti:

- Papà, vorrei tanto un uovo di Pasqua!

Mancavano diciasette giorni a Pasqua. Ti dissi:

- Non so se le galline ne hanno già fatte. Vedremo. E, se ve ne sono, ti porteremo il più bello.

Corremmo dal pasticcere, perché è lui che acquista, per poi rivenderle, tutte le uova di Pasqua che le galline fanno.

Non ne aveva ancora. Disse che ne avrebbe avute fra tre o quattro giorni.

E ti promisi il primo uovo di Pasqua di quest'anno. E tu fosti molto contenta.

- Sei molto gentile, papà, di darmi il primo.

*
*...*

Ma hai avuto molto fretta di andartene, mio cara passerottina. E non ho potuto darti il tuo uovo di Pasqua.

E, alcuni giorni dopo la tua partenza, ho visto la vetrina del pasticcere ancora piena di uova di Pasqua. Ve ne erano di piccoli, di grandi e di enormi. Ve ne erano di bianchi.

E non potei impedirmi di fermarmi. E guardavo tutte quelle uova di Pasqua, quelle rosse, bianche e nere, le piccole e le enormi, che avrebbero reso felice qualcuno e che nessuno di essi avrebbe fatto felice la mia povera Pietra.

E il mio sguardo andava dalle rosse alle bianche e dalle piccole alle grandi, come se dovessi sceglierne uno. E mi dicevo: “Quale le avrei preso?”.

Ma ce n'erano tante ed erano tutte belle, le nere e le rosse, le grandi e le piccole, che non seppi decidermi in fretta. Per un momento, ti vidi ancora nel tuo letto, dove non eri più. Ti vidi sorridere, mentre ti portavo il tuo uovo di Pasqua. E mi dicevo: Quale la renderebbe più felice?”.

*
*...*

Ma vidi una mamma entrare con il suo bambino dal pasticcere.

Allora mi ricordai che non avevo più una bambina.

E mi allontanai da tutte quelle inutili uova di Pasqua.


 

XVIII

La sera
 

Un po' di tempo prima della tua malattia — eri già ammalata, o il tuo povero cervello lavorava troppo? Faticavi tanto ad addormentarti.

Avevo fatto mettere il tuo lettino nella mia camera e nel tuo lettino sentivo che ti rigiravi, che ti agitavi. Ti dicevo:

- Dormi presto, mia piccola amica.

Ma tu rispondevi:

- Non posso addormentarmi, papà.

Allora ti dicevo:

- Conta senza muoverti, e ti addormenterai.

- Fino a quanto si deve contare per dormire, papà?

- Fino a mille.

E ti mettevi a contare: Uno, due, tre.

E quando arrivavi a centodieci o centoventi, quasi sempre ti fermavi.

- Papà, mi sono mossa, senza farlo apposta.

- Devi ricominciare, mia piccola amica.

E tu ricominciavi: Uno, due, tre.

E ti sentivo contare sino a duecento e poco più.

E poi non ti udivo più contare.

E sentivo che dormivi.

Allora, anch'io, senza muovermi, mi mettevo a contare, per addormentarmi, perché la mia bambina dormiva.

Ma ora, tutte le sere quando sono coricato nel mio grande letto vicino al quale non c'è più nessun lettino, ti rivedo. E non posso più addormentarmi perché ho voglia di piangere.

E non posso contare, perché contare non allontanerebbe l'idea che mi impedisce di dormire.

Soltanto, nel buio, ti vedo sempre meglio, e mi parli. E stiamo bene insieme. Ma c'è un ricordo che mi dice che, quando ti vedo, è una menzogna, che sei partita e che non tornerai più.

E poi quel sorriso sparisce. E credo che sia vero che tu sia là. Perché con il tuo pensiero dolce e triste mi sono addormentato.

E che quando dormo, come morto, vado in un grazioso paese di sogno dove i bambini morti sono ancora vivi e vanno a baciare il loro papà.

XIX

Il mattino
 

Il mattino viene a prendermi per mano per condurmi fuori dal paese di sogno in cui i bambini morti sono ancora vivi e baciamo il loro papà.

Un tempo, trovavo che fosse bello, il mattino, rientrare nel paese della luce, nel paese del movimento e della vita.

Ora, odio il mattino come un nemico. Ho paura del rientro nel paese della luce perché non ti vedrò, di rientrare nel paese del movimento perché non corri più, di rientrare nel paese della vita perché sei morta.

Quant'è più bello, il paese dei sogni in cui si entra da una porta nera, ma dove ti ritrovo.

Vai, passerottina adorata, una di queste sere mi addormenterò così bene che la mano del mattino non riuscirà a strapparmi dal mio sogno diventato reale e perché rimanga sempre con la mia bambina morta che ritroverò viva e amorevole.

 

[Traduzione di Ario Libert]

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13 giugno 2017 2 13 /06 /giugno /2017 05:00

XII

Smarrito
 

Sono molto in ritardo, questa sera, vero, mia piccola Pietra?

Ti dico il perché. Ma temo che tu mi chiami: “Sciocchino di un caro papino!”.

*
*...*

Ti ricordi la tua ultima passeggiata, Passerottina, quella in cui cogliemmo delle pervinche così graziose e delle violette che profumavano tanto?

L'ora di un appuntamento d'affari si approssimava. Ti lasciai con la tua mamma a cogliere violette e pervinche e corsi verso la città.

Quando rientrai, finita la mia giornata, salisti sulle mie ginocchia, tu mi abbracciasti come sempre.

Ma avevi, quel giorno, una graziosa aria maliziosa. E maliziosa mi dicesti:

- Sai, papino, ci siamo perse

E, baciando le tue fresche guance sorridenti, dissi:

- Vi siete perse! Ah! Le mie due care sciocchine!

Allora scoppiasti in quel modo di ridere adorabile, in quel ridere chiaro come acqua di cascata, di quel ridere che non udirò più.

Poi il tuo adorabile ridere si fermò e gridasti:

- Vedi, mamma, te lo avevo detto che ci avrebbe chiamate: adorabili sciocchine!

E ridesti ancora. E ridesti a lungo! E riempisti la casa e il cuore di quel suono gioioso che non udrò mai più.

*
*...*

Ah! se ridessi ancora, quanto rideresti oggi.

Perché, sulle colline, in un bosco dove ti ho colto queste pervinche blu e queste pervinche bianche, mi sono perso.

Quando sono riuscito a ritrovare la strada, mi credevo distante un chilometro ne ero invece a dieci.

Allora mi misi a correre.

Ma ebbi un bel da fare a correre, arrivai in ritardo. Scommetto che questo ti ricorda una favola che a volte ci recitavi; lo sai: la Lepre e la Tartaruga:

A nulla serve correre, si deve partire in tempo.

*
*...*

E, come dicevi un tempo, era “completamente spassoso”, questo papà che si era perso come un bambino, questo papà che correva, questo papà che arrivava in ritardo.

Ma sai perché non ridevo correndo? È perché non puoi più ridere con la tua risata chiara come acqua di cascata. È perché non avevo abbastanza paura che tu mi chiamassi “Quello sciocchino del mio caro papino!”.

XIII

Mamma e papà
 

I tuoi giocattoli, i tuoi vestiti, tutto ciò che ti appartenne, è allo stesso posto. Una camera la cui porta, e le finestre, e le persiane sono chiuse. La tua mamma non vi entra mai, e, quando passa davanti alla porta, devia.

Io, non appena la tua mamma non può vedermi e sentirmi, entro in questa camera e apro, del tutto, le persiane e le finestre, perché tu amavi così tanto l'aria e la luce. E tocco i tuoi giocattoli. E tocco i tuoi vestiti. Apro e chiudo i cassetti del tuo negozio, e mi ricordo come delicatamente giocavi al piccolo mercante. Copro di baci la tua graziosa maglietta alla marinara, ma non con forza, tremando al pensiero di farle perdere la graziosa forma del tuo corpicino.

Ed è molto bello, tesoro, essere là noi due soli, nella grande luce.

*
*...*

Quando, sulla strada, incontriamo uno dei tuoi piccoli amici, la tua mamma ha un sussulto e, per non vederlo cambia strada.

Io, con uno sguardo distante, sono il tuo piccolo amico e sorrido al suo sorriso.

*
*...*

Nella casa del tuo piccolo amico Jacques, di fronte alla nostra casa di città, la tua mamma non va mai più.

Io, ci vado spesso, e prendo sulle mie ginocchia il tuo amichetto Jacques e lo bacio.

*
*...*

E ci sono delle volte in cui credo che sia tu a stare sulle mie ginocchia, che sia tu che bacio.

*
*...*

Da dove viene il fatto che uno stesso amore abbia degli effetti diversi? Da dove viene il fatto che ciò che mi consola la affligga?

Perché tutto ciò che ti fa rivivere mi fa bene ed è così doloroso per lei?

Sei più morta per lei che per me, che nulla può darle la dolce illusione di essere ancora viva?

O il dispiacere che viene dopo, quando ci si dice che “non è vero”, è per lei più grande della felicità di credere per un secondo che sia ancora vero?

Io trovo che un secondo di felicità, è lungo, lungo, lungo!

Il mio amore per te, Passerottina, mi immerge in una follia molto dolce, sorridente, che mi fa sentirti sulle mie ginocchia quando non sei tu a stare sulle mie ginocchia, che mi permette di baciarti su delle guance rosa che non sono affatto le tue guance rosa; che rende vivo e pieno il vuoto immobile e penoso delle tue magliette.

Ricopro il presente doloroso con del passato gioioso; faccio sulle parole nere delle cancellature di luce.

*

*   *

Non capisci ciò che voglio dire, Passerottina. Eppure è così semplice.

Posso dire che ti amo molto, e anche la tua mamma.
 

XIV

La tua palla
 

Un giorno che ero partito per la città, ti avevo promesso di riportarti una palla se fossi stata molto buona fino al mio ritorno.

Ma ebbi molte cose da fare a Préville quel giorno. E quando si hanno molte cose da fare, si finisce con il dimenticare le più importanti. Dimenticai la tua palla.

Quando tu me la chiedesti, ti risposi che il mio uccellino mi aveva detto che eri stata un po' cattiva. Allora avevo lasciato la palla nella nostra casa di città e sarei andato il giorno successivo a prendertela, se tu fossi stata molto buona.

E piangesti un po', mio tesoro. Sai, me la prendo tanto di averti fatto piangere; e quando ci ripenso, piango!

*
*...*

L'avesti il giorno seguente, la tua palla. Ma avevi già male alla gola. Non dovevi uscire. Ci giocasti, per un minuto, nella camera. Ma sollevava molta polvere dal tappeto.

Ti spiegai che questa polvere ti avrebbe fatto stare ancora di più male.

E mettesti la tua palla in un angolo. Avevi forse voglia di piangere. Ma fosti molto buona, non lo lasciasti vedere.

*
*...*

Il giorno successivo, eri a letto, E non ti sei alzata che una volta soltanto. E, quella volta, potevi appena camminare. E non sei rimasta in piedi più di cinque minuti.

E, seguendoti, circondandoti con le braccia, pronto a sostenere il tuo cammino vacillante, sei andata all'angolo della tua camera dove dormiva la tua palla.

L'hai fatta rotolare all'altro capo della camera, L'hai fatta rotolare una volta, una volta soltanto.

Perché, subito, avemmo paura di farti affaticare, e ti facemmo mangiare un po' di tapioca e ti rimettemmo a letto.

*
*...*

Un altro giorno, nel tuo letto, volesti giocare a palla.

E ti diedi la tua palla. Me la lanciasti, la presi; te le rispedii sul letto, affinché tu me la lanciassi di nuovo.

La tua mamma entrò in quel momento. Ci disse che eravamo due piccoli pazzi e che avremmo finito con il rompere qualcosa.

E tu ridesti un poco. Ma il tuo volto era pallido, le tue labbra che si aprivano per ridere erano molto pallide; e la tua risata era molto sommessa, perché non potevi parlare e ridere che a voce bassa, con voce soffocata, povero tesoro.

E io sorridevo nel vederti ridere. E io ridevo molto forte per farti ridere. Ma avevo delle lacrime agli occhi nel vedere così pallido il tuo sorriso e udire così poco la tua risata a voce bassa, a voce soffocata.

*
*...*

Con i tuoi altri giocattoli, nella camera dove la tua mamma non entra mai, dorme, la tua palla che fu così poco la tua palla.

 

[SEGUE]

 

[Traduzione di Ario Libert]

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12 giugno 2017 1 12 /06 /giugno /2017 05:00

IX

Ci divertiamo molto, noi due
 

Nelle lunghe serate d'inverno, non appena avevi cenato, venivi da me, con il tuo tovagliolo ancora sul tuo grembiule. Salivi sulle mie ginocchia, gettavi le braccia intorno al mio collo; mi abbracciavi. E rimanevi un momento, tenera, a intenerirmi.

Poi scendevi. Mi dicevi:

- Papà, divertiamoci.

E ci divertivamo.

Ci divertivamo a fare dei giochi buffi, di tua invenzione; dei giochi che non piacevano sempre alla mamma. Perché avevi, così gracile e così frenetica, dei giochi un po' violenti a volte.

*
*...*

Mi dicevi:

- Papà facciamo la grande battaglia!

E mi davi con la tua manina dei colpi sulla mano.

Ma non volevi che la mia mano rimanesse immobile. Essa doveva andare verso la tua. La tua mano cadeva, leggera e rapida, sulla mia mano che saliva, lenta, verso la tua manina. Tu protestavi:

- Su, papà, più velocemente!

E, a ogni incontro, sorridevi o ridevi.

Qualche volta sorridevi dicendo:

- Ho perso la battaglia.

Quasi sempre ridevi dicendo:

- Ho vinto la battaglia.

Come distinguessi le battaglie vinte da quelle perse, questo, io, non l'ho mai capito.

*
*...*

Qualche volta, il colpo era un po' forte sulla tua gracile manina.

Allora, pronta a piangere o a ridere, mi guardavi con i tuoi graziosi occhi irritati.

E mi domandavi:

- È per scherzo, vero, papà?

- Ma certo, Passerottina, è per scherzo.

Allora scoppiavi a ridere. E venivi ad abbracciarmi.


 

*
*...*

La tua mamma ti chiamava: Cattivo maschietto!

E ci guardava con aria severa che si dissipava in una risata. Ci guardava come due bravi bambini, ma le cui abitudini meravigliano un po'.

Tu, ti stringevi a me. E mi dicevi:

- Ci divertiamo tanto, noi due, vero, papà?

 


 

X

Dei versi


 

Un giorno, mi dicesti:

- Cosa sono i versi, papà?

Ti vedo ancora mentre mi poni questa domanda.

Era in città sul grande viale i cui tigli in fiore avevano un odore così dolce, in mezzo al prato di un verde giovane, quasi infantile. Passeggiavamo insieme. Per chiedermi questo, ti fermasti e mi facesti fermare.

Dovevi avere quattro anni, forse quattro e mezzo.

Ma leggevi già correntemente. E, tra i libri che leggevi di solito, c'era un libretto di favole in versi.

Però, malgrado la tua scienza precoce, la risposta alla tua domanda mi sembrava molto difficile.

E ti risposi:

- Non posso spiegartelo. Sei troppo giovane, Non capiresti.

Allora tu, molto fiera e un po' ribelle:

- Ma sì, papà, capirei. Lo prova il fatto che lo so.

- Dillo allora.

- Lo so, ma non so dirlo.

Ti feci notare un passero che svolazzava davanti a noi. E il passero t'interessò.

*
*...*

Ma quando il passero partì, la tua testolina si rimise a lavorare. E, di colpo, mi dicesti:

- Papà, ho trovato come si può dirlo. I versi, è quando si rima.

- Sì, cara, ma non puoi sapere cos'è la rima. Sei troppo piccola.

- Ma sì, papa, lo so... La rima, è... è quando è la stessa cosa.

*
*...*

Alcuni giorni dopo, mi dicesti:

- Papà, ho fatto dei versi.

- Ah, come esempio!

- Sì, papà. Ascolta:

 

Batto il mio asinello
A colpi di randello
Perché è cattivello

*
*...*

Sì, avevi fatto dei versi. E la rima ti aveva fatto dire delle cose prive di senso. Perché mai hai avuto un asinello o un randello. E mai avresti battuto il tuo asinello, se mai ne avessi avuto uno.

Eri una poetessa molto crudele, esserino pieno di dolcezza e di pietà.

 

XI

Il dono delle lacrime


 

Come avresti fatto a battere il tuo asinello, tu che non potevi sopportare di vedere pulcinella battere sua moglie o il commissario?

Ti ho portato una sola volta a questo spettacolo divertente che per te fu uno spettacolo doloroso.

Perché, non appena Pulcinella alzò il suo bastone, tu ti mettesti a piangere. E gridasti:

- Non voglio che la colpisca!

Ma la tua volontà non poteva nulla. La batteva lo stesso.

Ho avuto un bel da fare a spiegarti che era per scherzo; che Pulcinella e sua moglie erano di legno. Tu continuavi a piangere e gridare:

- Non voglio che la colpisca.

Tutti i bambini si voltavano e ridevano della tua pietà dolorosa e inutile, ancora più che per lo spettacolo di violenza e di dolore.

Fui obbligato di condurti lontano da quello spettacolo troppo simile alla vita.

Non ho mai potuto raccontarti sino in fondo Pollicino né Cappuccetto rosso. Non appena Pollicino e i suoi fratelli erano persi nel bosco, tu piangevi così tanto da essere obbligato di riportarli subito tra le braccia dei loro genitori e di farli amare molto, molto, e di moltiplicare gli scherzi divertenti all'orco cattivo, senza troppo sapere ciò che aveva fatto nella fiaba.

Quando Cappuccetto rosso incontrava il lupo, subito piangevi. Ero obbligato a far uscire da dietro un albero un grande cane che metteva in salvo il lupo.

E il Lupo e l'Agnello! Non potesti mai leggerlo interamente nel tuo libro delle fiabe.

Non c'era modo di raccontarti delle storie. Perché le storie, anche quelle che finiscono bene, hanno sempre un momento crudele della vita.

*
*...*

È per questo che il buon Dio ha avuto paura che tu piangessi troppo e ti ha portato lontana dallo spettacolo della vita, che è tanto crudele quanto lo scenario di Pulcinella.

È per questo che il buon Dio l'ha fatta breve con la storia della vita che cominciava a raccontarti. Ha fatto bene, tesoro mio. Avresti pianto troppo. Ci sono troppi Pollicini persi nel bosco, troppi agnelli divorati dai lupi.

Hai avuto ragione a non ascoltare il doloroso seguito della fiaba che non è una fiaba.

*
*...*

Ora, sei, indubbiamente, davanti a uno spettacolo di gioia, di dolcezza e d'amore.

Ah! se, dall'altro lato, Pulcinella bacia sua moglie invece di batterla; e se i lupi si divertono, molto gentili con gli agnelli; come devi guardare tutto ciò con occhi grandi grandi, piccola Pietra! E come deve essere felice e grazioso, il tuo grazioso sorriso!

[Traduzione di Ario Libert]

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11 giugno 2017 7 11 /06 /giugno /2017 05:00

Il Libro di Pietra

 

 

 

I

Pervinche e violette
 

Durante la nostra ultima passeggiata, abbiamo colto delle pervinche e delle violette.

Sorridevi, guardando le pervinche.

E dicevi: "Quanto sono belle!".

Sorridevi, annusando le violette.

E dicevi: "Quanto profumano!".

Poi, annusasti le pervinche, e facesti la faccina delusa. E ti udii mormorare: "Questo fiore, che è così bello, dovrebbe profumare!".

Guarda, Piccola Pietra, il tuo desiderio è diventato realtà.

Porto sulla tua tomba un mazzo di questi begli occhi fiori blu così gentilmente risvegliatisi, delle pervinche; ma ho dato loro il profumo delle violette.

E tu sorriderai, mia adorata. E non farai più la faccina delusa, vero?

II

Il gioco dei segreti

 

Se tu sapessi, mia Piccola Pietra, ha sempre gli occhi rossi, la tua mamma, e le sue gote sono ora incavate.

Eri contenta un tempo di avere una mamma molto bella. Non deve succedere che smetta di esserlo. Non deve succedere che si ammali.

Ti darebbe troppo dispiacere, non è vero, Passerottina?

Allora io mi nascondo e vengo qui da solo, senza che lei lo sappia.

Forse anche lei viene qui da sola di nascosto. Ma non te lo chiedo. Se avete dei segreti, non me li dovete dire. Perché non voglio che tu le dica i miei, capisci?

Ti ricordi? Ti piaceva tanto giocare ai segreti. Mi dicevi: Papà, dimmi un segreto; non lo dirò a nessuno.

Domani, te ne dirò un altro di segreto. No, non oggi, domani.

A domani, mia adorata.

 

III

Il grande segreto
 

Lo sai perché vengo solo, amica mia? Perché la tua mamma non mi accompagna?

È perché, a me, fa bene parlare con te. Mentre alla tua mamma, fa male.

Noi due, parliamo amabilmente, senza piangere. Oppure, se piango, è sommessamente, con un sollievo melanconico e profondo. È così bello rivivere un momento con te.

La tua mamma, quando la conduco qui con me, piange per tutto il tempo grosse lacrime pesanti che cadono sino a terra e che le fanno molto male.

Ascoltami bene, mia Piccola Pietra; ti dirò il grande segreto.

Non deve succedere che la tua mamma pianga troppo, perché, quando sei partita, avevamo prenotato da due mesi quel fratellino che tu ci chiedevi sempre.

E, come sai, quando le mamme piangono, il mercante di Parigi invia un fratellino brutto come una scimmietta, piccolo come un pupazzo da pochi soldi, e che piange tutto il tempo, e che non ha per niente forza; e che, quasi sempre, muore.

Allora, poiché tu vuoi avere un bel fratellino, bello grande, ben paffutello, che non piange, e che vive, e che sia forte, non deve succedere che la tua mamma pianga.

IV

Gelosa
 

Eri molto gelosa delle carezze del tuo papà. Non potevo abbracciare la tua mamma senza che tu dicessi:

Anch'io, papà!

E se facevo finta di non udirti, tra la tua mamma e me ti infilavi; ti aggrappavi ai miei abiti; e ti arrampicavi lungo me.

Ero così costretto a occuparmi di te, e prenderti tra le mie braccia, e darti la tua parte di baci sulle tue guance che arrossivano di piacere e in cui il sorriso scavava delle fossette.

*
*...*

Credo che tu sia sempre gelosa, mia piccola Pietra adorata. Ogni volta che abbraccio la tua mamma, mi sembra di sentirti reclamare:

Anch'io, papà!

E, poiché non ti rispondo solo per la grande voglia di piangere, tra la tua mamma e me tu ti infili; e sento sopra i miei abiti un peso, e su di me, ho come l'impressione di qualcosa che si arrampichi.

Ma non posso prenderti, sollevarti tra le mie braccia. Sulle tue guance che arrossivano di piacere e in cui il sorriso scavava delle graziose fossette, non posso porre dei baci, tanti baci.

*
*...*

Ecco perché, ogni volta che abbraccio la tua mamma, ci mettiamo a piangere.


 

V

Giusta
 

Se eri gelosa, eri anche giusta, mia piccola Pietra.

Quando ti avevo tenuta a lungo sulle mie ginocchia, quando ti avevo fatto molte carezze sulle tue guance che arrossivano di piacere e in cui il sorriso scavava delle fossette, spesso tu mi dicevi:

Abbraccia mamma, ora, papino mio. E, sorridendo, andavo ad abbracciare tua madre.
 

*
*...*

Ecco perché, quando a lungo le mie labbra si sono tese a vuoto sognando le tue guance così fresche, spesso vado, trattenendo le mie lacrime, ad abbracciare la tua mamma.


 

VI

Ciocche di capelli
 

Tua madre ha una ciocca dei tuoi capelli che è di un biondo pallido, molto pallido, quasi bianco.

Dove tiene questa ciocca di capelli di un biondo pallido, molto pallido, quasi bianco, che vorrei toccare con le dita, con gli occhi e le labbra, in modo da poterti rivedere e abbracciarti piccolissima?

Non lo so. E non voglio chiederglielo, perché piangerebbe.

Ma, senza l'aiuto dei graziosi capelli sottili, di un biondo così pallido, appena colorato, ti rivedo piccolina e così bionda, mentre corri e ridi, in mezzo ad altri bambini che corrono e ridono, laggiù, sotto i grandi alberi dei giardini del Lussemburgo.

*
*...*

Tua madre ha una ciocca dei tuoi capelli di un bel biondo caldo, un po' fulvo.

Dov'è, questa ciocca di capelli di un bel biondo caldo, quasi fulvo, che vorrei toccare con le dita, con gli occhi e con le labbra, in modo da poterti rivedere e riabbracciarti, un po' più grandicella?

Non lo so. E non voglio chiederlo a tua madre che piangerebbe.

Ma, senza l'aiuto dei capelli di un grazioso biondo caldo e un po' fulvo, ti rivedo un po' grandicella, mentre parli e corri dietro ad alcune farfalle, qui, nel parco, sotto i grandi alberi amici.

*
*...*

Tua madre ha anche una ciocca dei tuoi capelli che mi appare, se chiudo gli occhi, di un biondo stranamente triste, scuro, quasi bruno.

Ma li ha tagliati da troppo poco tempo perché voglia vederli.

Li ha tagliati sulla tua povera fronte fredda.

E la vedo troppo nel tuo letto bianco, la tua povera piccola figura dolorosa e del tutto bianca – oh! così bianca!

E mi ricordo che quando moristi, guardandoti per l'ultima volta, pensai: “Ma i suoi capelli sono quasi bruni!”. I tuoi capelli sembravano più scuri, perché il tuo volto era più pallido.

VII

Micino
 

Ti ricordi di Micino con cui giocavi sempre; Micino, così buono, che non ti graffiava mai; Micino, che ti regalai la mattina nel tuo lettino e che, colmo di gioia delle tue carezze e del tepore delle lenzuola, si metteva a far le fusa, a fare: “felice! felice!” come dicevi tu.

Questa mattina, è venuto a farmi visita nel mio grande letto, dove ti avrei presto accolta, se tu fossi stata qui.

Perché, questa mattina, ho fatto il pigro, e quando il tuo papino fa il pigro, volevi che ti accogliesse nel suo grande letto.

E Micino faceva: felice! felice! E si sfregava a me affinché lo accarezzassi.

Lo accarezzavo, ma senza pensare a lui.

Pensavo a te, che saresti così tanto contenta di stare un po' nel mio grande letto mentre facevo il pigro, e che riderei, e ti bacerei, con affetto!

E all'improvviso – ci sono delle volte che i papà sono pazzi come i bambini che inventano delle storie, - all'improvviso, ho preso quell'esserino vivente e mobile che era qui vicino a me e mi accarezzava, e l'ho abbracciato chiamandolo: Passerottina.

Forse l'ho stretto troppo. Ha gridato Miao!

E l'ho lasciato andare. L'ho lasciato andare, sorridendo con una grande voglia di piangere.
 

VIII

Taci
 

L'ultimo giorno in cui fosti insieme a noi mia piccola Pietra, tutta la giornata, con la tua voce, soffocata che faceva male ascoltare, parlavi, parlavi!

Dicevi delle cose dolci, gradevoli, tenere, fiorite di freschezza e di grazia ingenue.

Ma la tua povera voce soffocata faceva male ascoltarla.

E poi, avevo paura che dire tante parole, - tante parole fiorite di freschezza e di grazia ingenue, - affaticasse la tua povera gola malata.

E spesso ti supplicavo: “Taci, bambina mia”.

E, silenziosa, mi sorridevi con il tuo pallido sorriso, che parlava ancora.

*
*...*

Questa parola: “Taci!” è l'ultima che ti ho detta. La tua gola si stava per chiudere e i tuoi occhi rovesciare: tu mi dicevi ancora delle cose dolci e gradevoli, tutte fiorite di freschezza e di grazia ingenua.

La tua sorellina era morta da poco: le tue parole gradevoli mi erano dolorose come una carezza su una ferita che sanguina. Allontanavo prontamente il tuo bacio dalla mia piaga viva: “Taci! Taci!”.

Sei stata troppo obbediente, mia adorata.

E vorrei ancora sentirti parlare, anche con la tua voce soffocata degli ultimi giorni.

Ridimmi, Passerottina, le cose dolci e gradevoli che mi dicevi quel giorno.

Le so tutte a memoria, bambina mia, ma mi daresti una grande gioia dicendomele di nuovo.

*
*...*

No, tesoro, taci! taci!

Temo che tu abbia udito il mio assurdo desiderio e che ora, là, sotto terra, per parlarmi, tu ti affatichi in vani sforzi tormentosi.

Taci, bambina mia, taci! E dormi tranquilla, Buone nanne, Passerottina, buone nanne!

 

IX

Ci divertiamo molto, noi due
 

Nelle lunghe serate d'inverno, non appena avevi cenato, venivi da me, con il tuo tovagliolo ancora sul tuo grembiule. Salivi sulle mie ginocchia, gettavi le braccia intorno al mio collo; mi abbracciavi. E rimanevi un momento, tenera, a intenerirmi.

Poi scendevi. Mi dicevi:

- Papà, divertiamoci.

E ci divertivamo.

Ci divertivamo a fare dei giochi buffi, di tua invenzione; dei giochi che non piacevano sempre alla mamma. Perché avevi, così gracile e così frenetica, dei giochi un po' violenti a volte.

*
*...*

Mi dicevi:

- Papà facciamo la grande battaglia!

E mi davi con la tua manina dei colpi sulla mano.

Ma non volevi che la mia mano rimanesse immobile. Essa doveva andare verso la tua. La tua mano cadeva, leggera e rapida, sulla mia mano che saliva, lenta, verso la tua manina. Tu protestavi:

- Su, papà, più velocemente!

E, a ogni incontro, sorridevi o ridevi.

Qualche volta sorridevi dicendo:

- Ho perso la battaglia.

Quasi sempre ridevi dicendo:

- Ho vinto la battaglia.

Come distinguessi le battaglie vinte da quelle perse, questo, io, non l'ho mai capito.

*
*...*

Qualche volta, il colpo era un po' forte sulla tua gracile manina.

Allora, pronta a piangere o a ridere, mi guardavi con i tuoi graziosi occhi irritati.

E mi domandavi:

- È per scherzo, vero, papà?

- Ma certo, Passerottina, è per scherzo.

Allora scoppiavi a ridere. E venivi ad abbracciarmi.


 

*
*...*

La tua mamma ti chiamava: Cattivo maschietto!

E ci guardava con aria severa che si dissipava in una risata. Ci guardava come due bravi bambini, ma le cui abitudini meravigliano un po'.

Tu, ti stringevi a me. E mi dicevi:

- Ci divertiamo tanto, noi due, vero, papà?


 

X

Dei versi


 

Un giorno, mi dicesti:

- Cosa sono i versi, papà?

Ti vedo ancora mentre mi poni questa domanda.

Era in città sul grande viale i cui tigli in fiore avevano un odore così dolce, in mezzo al prato di un verde giovane, quasi infantile. Passeggiavamo insieme. Per chiedermi questo, ti fermasti e mi facesti fermare.

Dovevi avere quattro anni, forse quattro e mezzo.

Ma leggevi già correntemente. E, tra i libri che leggevi di solito, c'era un libretto di favole in versi.

Però, malgrado la tua scienza precoce, la risposta alla tua domanda mi sembrava molto difficile.

E ti risposi:

- Non posso spiegartelo. Sei troppo giovane, Non capiresti.

Allora tu, molto fiera e un po' ribelle:

- Ma sì, papà, capirei. Lo prova il fatto che lo so.

- Dillo allora.

- Lo so, ma non so dirlo.

Ti feci notare un passero che svolazzava davanti a noi. E il passero t'interessò.

*
*...*

Ma quando il passero partì, la tua testolina si rimise a lavorare. E, di colpo, mi dicesti:

- Papà, ho trovato come si può dirlo. I versi, è quando si rima.

- Sì, cara, ma non puoi sapere cos'è la rima. Sei troppo piccola.

- Ma sì, papa, lo so... La rima, è... è quando è la stessa cosa.

*
*...*

Alcuni giorni dopo, mi dicesti:

- Papà, ho fatto dei versi.

- Ah, come esempio!

- Sì, papà. Ascolta:

 

Batto il mio asinello
A colpi di randello
Perché è cattivello

*
*...*

Sì, avevi fatto dei versi. E la rima ti aveva fatto dire delle cose prive di senso. Perché mai hai avuto un asinello o un randello. E mai avresti battuto il tuo asinello, se mai ne avessi avuto uno.

Eri una poetessa molto crudele, esserino pieno di dolcezza e di pietà.

 

XI

Il dono delle lacrime


 

Come avresti fatto a battere il tuo asinello, tu che non potevi sopportare di vedere pulcinella battere sua moglie o il commissario?

Ti ho portato una sola volta a questo spettacolo divertente che per te fu uno spettacolo doloroso.

Perché, non appena Pulcinella alzò il suo bastone, tu ti mettesti a piangere. E gridasti:

- Non voglio che la colpisca!

Ma la tua volontà non poteva nulla. La batteva lo stesso.

Ho avuto un bel da fare a spiegarti che era per scherzo; che Pulcinella e sua moglie erano di legno. Tu continuavi a piangere e gridare:

- Non voglio che la colpisca.

Tutti i bambini si voltavano e ridevano della tua pietà dolorosa e inutile, ancora più che per lo spettacolo di violenza e di dolore.

Fui obbligato di condurti lontano da quello spettacolo troppo simile alla vita.

Non ho mai potuto raccontarti sino in fondo Pollicino né Cappuccetto rosso. Non appena Pollicino e i suoi fratelli erano persi nel bosco, tu piangevi così tanto da essere obbligato di riportarli subito tra le braccia dei loro genitori e di farli amare molto, molto, e di moltiplicare gli scherzi divertenti all'orco cattivo, senza troppo sapere ciò che aveva fatto nella fiaba.

Quando Cappuccetto rosso incontrava il lupo, subito piangevi. Ero obbligato a far uscire da dietro un albero un grande cane che metteva in salvo il lupo.

E il Lupo e l'Agnello! Non potesti mai leggerlo interamente nel tuo libro delle fiabe.

Non c'era modo di raccontarti delle storie. Perché le storie, anche quelle che finiscono bene, hanno sempre un momento crudele della vita.

*
*...*

È per questo che il buon Dio ha avuto paura che tu piangessi troppo e ti ha portato lontana dallo spettacolo della vita, che è tanto crudele quanto lo scenario di Pulcinella.

È per questo che il buon Dio l'ha fatta breve con la storia della vita che cominciava a raccontarti. Ha fatto bene, tesoro mio. Avresti pianto troppo. Ci sono troppi Pollicini persi nel bosco, troppi agnelli divorati dai lupi.

Hai avuto ragione a non ascoltare il doloroso seguito della fiaba che non è una fiaba.

*
*...*

Ora, sei, indubbiamente, davanti a uno spettacolo di gioia, di dolcezza e d'amore.

Ah! se, dall'altro lato, Pulcinella bacia sua moglie invece di batterla; e se i lupi si divertono, molto gentili con gli agnelli; come devi guardare tutto ciò con occhi grandi grandi, piccola Pietra! E come deve essere felice e grazioso, il tuo grazioso sorriso!

 

 

XII

Smarrito
 

Sono molto in ritardo, questa sera, vero, mia piccola Pietra?

Ti dico il perché. Ma temo che tu mi chiami: “Sciocchino di un caro papino!”.

*
*...*

Ti ricordi la tua ultima passeggiata, Passerottina, quella in cui cogliemmo delle pervinche così graziose e delle violette che profumavano tanto?

L'ora di un appuntamento d'affari si approssimava. Ti lasciai con la tua mamma a cogliere violette e pervinche e corsi verso la città.

Quando rientrai, finita la mia giornata, salisti sulle mie ginocchia, tu mi abbracciasti come sempre.

Ma avevi, quel giorno, una graziosa aria maliziosa. E maliziosa mi dicesti:

- Sai, papino, ci siamo perse

E, baciando le tue fresche guance sorridenti, dissi:

- Vi siete perse! Ah! Le mie due care sciocchine!

Allora scoppiasti in quel modo di ridere adorabile, in quel ridere chiaro come acqua di cascata, di quel ridere che non udirò più.

Poi il tuo adorabile ridere si fermò e gridasti:

- Vedi, mamma, te lo avevo detto che ci avrebbe chiamate: adorabili sciocchine!

E ridesti ancora. E ridesti a lungo! E riempisti la casa e il cuore di quel suono gioioso che non udrò mai più.

*
*...*

Ah! se ridessi ancora, quanto rideresti oggi.

Perché, sulle colline, in un bosco dove ti ho colto queste pervinche blu e queste pervinche bianche, mi sono perso.

Quando sono riuscito a ritrovare la strada, mi credevo distante un chilometro ne ero invece a dieci.

Allora mi misi a correre.

Ma ebbi un bel da fare a correre, arrivai in ritardo. Scommetto che questo ti ricorda una favola che a volte ci recitavi; lo sai: la Lepre e la Tartaruga:

A nulla serve correre, si deve partire in tempo.

*
*...*

E, come dicevi un tempo, era “completamente spassoso”, questo papà che si era perso come un bambino, questo papà che correva, questo papà che arrivava in ritardo.

Ma sai perché non ridevo correndo? È perché non puoi più ridere con la tua risata chiara come acqua di cascata. È perché non avevo abbastanza paura che tu mi chiamassi “Quello sciocchino del mio caro papino!”.

XIII

Mamma e papà
 

I tuoi giocattoli, i tuoi vestiti, tutto ciò che ti appartenne, è allo stesso posto. Una camera la cui porta, e le finestre, e le persiane sono chiuse. La tua mamma non vi entra mai, e, quando passa davanti alla porta, devia.

Io, non appena la tua mamma non può vedermi e sentirmi, entro in questa camera e apro, del tutto, le persiane e le finestre, perché tu amavi così tanto l'aria e la luce. E tocco i tuoi giocattoli. E tocco i tuoi vestiti. Apro e chiudo i cassetti del tuo negozio, e mi ricordo come delicatamente giocavi al piccolo mercante. Copro di baci la tua graziosa maglietta alla marinara, ma non con forza, tremando al pensiero di farle perdere la graziosa forma del tuo corpicino.

Ed è molto bello, tesoro, essere là noi due soli, nella grande luce.

*
*...*

Quando, sulla strada, incontriamo uno dei tuoi piccoli amici, la tua mamma ha un sussulto e, per non vederlo cambia strada.

Io, con uno sguardo distante, sono il tuo piccolo amico e sorrido al suo sorriso.

*
*...*

Nella casa del tuo piccolo amico Jacques, di fronte alla nostra casa di città, la tua mamma non va mai più.

Io, ci vado spesso, e prendo sulle mie ginocchia il tuo amichetto Jacques e lo bacio.

*
*...*

E ci sono delle volte in cui credo che sia tu a stare sulle mie ginocchia, che sia tu che bacio.

*
*...*

Da dove viene il fatto che uno stesso amore abbia degli effetti diversi? Da dove viene il fatto che ciò che mi consola la affligga?

Perché tutto ciò che ti fa rivivere mi fa bene ed è così doloroso per lei?

Sei più morta per lei che per me, che nulla può darle la dolce illusione di essere ancora viva?

O il dispiacere che viene dopo, quando ci si dice che “non è vero”, è per lei più grande della felicità di credere per un secondo che sia ancora vero?

Io trovo che un secondo di felicità, è lungo, lungo, lungo!

Il mio amore per te, Passerottina, mi immerge in una follia molto dolce, sorridente, che mi fa sentirti sulle mie ginocchia quando non sei tu a stare sulle mie ginocchia, che mi permette di baciarti su delle guance rosa che non sono affatto le tue guance rosa; che rende vivo e pieno il vuoto immobile e penoso delle tue magliette.

Ricopro il presente doloroso con del passato gioioso; faccio sulle parole nere delle cancellature di luce.

*

*   *

Non capisci ciò che voglio dire, Passerottina. Eppure è così semplice.

Posso dire che ti amo molto, e anche la tua mamma.
 

XIV

La tua palla
 

Un giorno che ero partito per la città, ti avevo promesso di riportarti una palla se fossi stata molto buona fino al mio ritorno.

Ma ebbi molte cose da fare a Préville quel giorno. E quando si hanno molte cose da fare, si finisce con il dimenticare le più importanti. Dimenticai la tua palla.

Quando tu me la chiedesti, ti risposi che il mio uccellino mi aveva detto che eri stata un po' cattiva. Allora avevo lasciato la palla nella nostra casa di città e sarei andato il giorno successivo a prendertela, se tu fossi stata molto buona.

E piangesti un po', mio tesoro. Sai, me la prendo tanto di averti fatto piangere; e quando ci ripenso, piango!

*
*...*

L'avesti il giorno seguente, la tua palla. Ma avevi già male alla gola. Non dovevi uscire. Ci giocasti, per un minuto, nella camera. Ma sollevava molta polvere dal tappeto.

Ti spiegai che questa polvere ti avrebbe fatto stare ancora di più male.

E mettesti la tua palla in un angolo. Avevi forse voglia di piangere. Ma fosti molto buona, non lo lasciasti vedere.

*
*...*

Il giorno successivo, eri a letto, E non ti sei alzata che una volta soltanto. E, quella volta, potevi appena camminare. E non sei rimasta in piedi più di cinque minuti.

E, seguendoti, circondandoti con le braccia, pronto a sostenere il tuo cammino vacillante, sei andata all'angolo della tua camera dove dormiva la tua palla.

L'hai fatta rotolare all'altro capo della camera, L'hai fatta rotolare una volta, una volta soltanto.

Perché, subito, avemmo paura di farti affaticare, e ti facemmo mangiare un po' di tapioca e ti rimettemmo a letto.

*
*...*

Un altro giorno, nel tuo letto, volesti giocare a palla.

E ti diedi la tua palla. Me la lanciasti, la presi; te le rispedii sul letto, affinché tu me la lanciassi di nuovo.

La tua mamma entrò in quel momento. Ci disse che eravamo due piccoli pazzi e che avremmo finito con il rompere qualcosa.

E tu ridesti un poco. Ma il tuo volto era pallido, le tue labbra che si aprivano per ridere erano molto pallide; e la tua risata era molto sommessa, perché non potevi parlare e ridere che a voce bassa, con voce soffocata, povero tesoro.

E io sorridevo nel vederti ridere. E io ridevo molto forte per farti ridere. Ma avevo delle lacrime agli occhi nel vedere così pallido il tuo sorriso e udire così poco la tua risata a voce bassa, a voce soffocata.

*
*...*

Con i tuoi altri giocattoli, nella camera dove la tua mamma non entra mai, dorme, la tua palla che fu così poco la tua palla.

 

 

 

Le Livre de Pierre, par Han Ryner - Han Ryner (1861-1938)

Le Livre de Pierre, par Han Ryner - Han Ryner (1861-1938)

Je reprends sur une seule page l'intégralité du Livre de Pierre, pour faciliter la consultation. Voici ce que j'écrivais le 26 juillet 2007 pour présenter ces petites proses : Le Livre de Pierr...

http://hanryner.over-blog.fr/article-14488408.html

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10 giugno 2017 6 10 /06 /giugno /2017 05:00

Da Marx al bolscevismo: Partiti e consigli

I. Un'eredità ambigua

RugeVi è in Marx una diffidenza, addirittura un disprezzo nei confronti della politica, di cui si può trovare la spiegazione romantica in un testo del 1844, data alla quale non immaginava indubbiamente di associarsi a un qualunque partito [1]. Si tratta della sua controversia con Ruge nel Vorwaerts parigino: l'articolo di Marx è, insieme all'indirizzo sulla Comune, il testo di base della concezione "spontaneista" del movimento operaio; dunque la critica fondamentale del feticismo del partito. Ridotta all'essenziale, la tesi marxiana pone che nessuna politica di Stato è capace di risolvere il problema del pauperismo, "l'esistenza dello Stato e l'esistenza dello schiavismo sono inseparabili". Più lo spirito politico è sviluppato, meno è capace di capire le tare sociali - vedere gli eroi della Rivoluzione francese; vedere la Convenzione, questo modello di energia e di intelligenza politica.

Bakunin, disegno di Clifford HarperBakunin - allora amico intimo di Marx - ha dovuto riceverne la lezione: si trattava in questa controversia di afferrare il significato della rivolta dei tessitori della Slesia. Per Ruge, la miseria sociale è testimonianza di un'imperizia politica della società tedesca; Per Marx, la rivolta slesiana prova la superiorità sui loro fratelli inglesi e francesi - perché? Perché essi hanno avuto coscienza della portata universale della loro miseria, perché hanno la vocazione della rivoluzione sociale. La rivolta dei tessitori prova il genio teorico del popolo tedesco: "Un popolo filosofo non può trovare che nel socialismo la prassi che gli conviene, e nel proletariato l'elemento attivo della sua emancipazione".

Marx evidenzia finemente la differenza tra la rivoluzione sociale e la rivoluzione politica: "Una rivoluzione sociale - quand'anche non si producesse che in un solo distretto industriale - possiede un carattere di universalità perché costituisce una protesta dell'uomo contro la vita inumana... L'anima politica di una rivoluzione, è presso le classi prive d'influenza politica, nella loro volontà di porre fine all'isolamento in cui si trovano di fronte allo Stato e del potere... Una rivoluzione di cui l'anima è politica organizza, conformemente alla natura limitata e divisa di quest'anima, una sfera dominante della società a spese della società".

tessitori della Slesia

Una rivoluzione sociale che possiede un'anima politica non è una rivoluzione. Ma il socialismo non potrebbe realizzarsi senza un atto politico che distrugge e dissolve l'antico potere. "Tuttavia là dove inizia la sua attività organizzatrice, in cui si manifesta il suo scopo proprio, la sua anima, il socialismo respinge il suo velo politico".

Questo testo è nello stile romantico dei manoscritti parigini del 1844, detti economico-filosofici, ma il suo spirito è quello dell'Indirizzo sulla Comune del 1871: la Selbsttätigkeit storica dei lavoratori, di cui parla il Manifesto comunista, è per Marx la sola garanzia di riuscita per il movimento emancipatore della classe lavoratrice, la politica di partito non essendo che un mezzo, che si deve subordinare allo scopo.

Marx e Engels hanno testimoniato un profondo interesse alle rivolte contro l'assolutismo zarista. Marx accetta di essere il segretario-corrispondente, al Consiglio generale dell'Internazionale, del primo gruppo di rivoluzionari russi formato a Ginevra nel 1870. La sua sfiducia dei Russi aveva qualcosa di patologico, e il suo primo gesto fu di raccomandare a questo primo gruppo di marxisti russi: l'aiuto ai Polacchi per ottenere la loro indipendenza nazionale, e liberare così l'Europa dalla vicinanza moscovita.

Russia batellieri

Nel 1867, aveva proposto senza successo, al Congresso dell'Internazionale una risoluzione che affermava la necessità del mantenimento delle forze armate nei paesi europei per contenere il pericolo russo. Tuttavia, dopo l'emancipazione dei servi (1861), aveva creduto di intravedere in Russia l'inizio di una rivoluzione che sarebbe stata il punto di partenza di una rivoluzione occidentale. Da allora, non vi è che una sola spiegazione per la russofobia permanente di Marx: il suo odio per l'autocrazia statale di cui lo zarismo rappresentava il modello più compiuto [2].

Cernysevskij - 1859A partire dal 1870, Marx volse la sua attenzione verso le prospettive rivoluzionarie in Russia, verso ciò che Berdiaev considerava come il problema fondamentale dei pensatori russi, così come lo ponevano altri autori populisti come Cernsevskij, Dobroliubov, Lavrov, Mikhailovski, Danielson, ecc.: il futuro sociale della Russia. Quest'ultima potrà sfuggire al destino dell'Europa occidentale, al capitalismo, alla proprietà privata, allo Stato borghese? Potrà portare a termine il compito originale di creare una società nuova fondata sulla proprietà comune e la produzione cooperativa della comune contadina?

Nel 1875, su richiesta di Marx, Engels pubblicò una risposta alle critiche di P. Tkatchev, adepto russo di Blanqui, che gli aveva rimproverato la sua ignoranza delle condizioni sociali e delle prospettive rivoluzionarie in Russia. Secondo Tkatchev, la Russia, senza borghesia né proletariato, ma con la comune contadine (mir, obchtchina), era il paese eletto dal socialismo; restava un problema politico: il rovesciamento dello zarismo e la conquista dello Stato da parte di una minoranza rivoluzionaria.

Ecco in sintesi la risposta di Engels: la Russia è certamente alla vigilia di una rivoluzione sociale, ma quest'ultima non potrà assumere un carattere socialista, visto l'assenza di un numeroso proletariato urbano e di una potente borghesia capitalista - vista l'insufficienza delle forze produttrici di cui lo sviluppo incombe al capitale e alla borghesia. La presenza in Russia di forme comunitarie di lavoro e di proprietà prova il profondo desiderio del popolo russo per un'economia cooperativa, ma non prova la sua vocazione al socialismo. Benché minacciato dai progressi del capitalismo in Russia, il mir potrebbe diventare la base del socialismo russo - ad una condizione: il trionfo preventivo della rivoluzione proletaria in Europa occidentale. Nell'attesa, i rivoluzionari russi (ed europei) non avevano che un solo compito: rovesciare lo zarismo.

In una risposta di Marx al sociologo e populista Mikhailovski, leggiamo questa predizione stupefacente: "Se la Russia tende a diventare una nazione capitalista per mezzo delle nazioni dell'Europa occidentale..., essa non vi riuscirà senza aver preventivamente trasformato una buona parte dei suoi contadini in proletari; e... una volta nel girone del regime capitalista, ne subirà le spietate leggi, come altre nazioni profane".

E' anche il senso della sua risposta a Vera Zasulič, nel 1881; lei lo interrogava ansiosamente sui "marxisti" che non lasciavano ai rivoluzionari russi che una sola prospettiva, quella di assistere impotenti allo sviluppo del capitalismo in Russia. Marx lo ripete un anno prima della morte, in una prefazione destinata all'edizione russa del Manifesto comunista: "Se la rivoluzione russa diventa il segnale di una rivoluzione operaia all'Occidente, di modo che le due rivoluzioni si completino, l'attuale proprietà comune russa può diventare può diventare il punto di partenza di una rivoluzione comunista".

Dopo la morte di Marx, Engels — che intratteneva delle relazioni sia con dei populisti sia con dei marxisti russi era sempre più scettico sulle opportunità di sopravvivenza della comune russa. Così in una delle sue ultime lettere a Danielson del 17 ottobre 1893, si legge: "Temo che questa istituzione non sia votata alla sparizione. Ma presentemente, il capitalismo apre delle nuove prospettive e delle nuove speranze. Vedete cosa ha realizzato e cosa ancora all'Ovest! Una grande nazione come la vostra sopravvive a tutte le crisi. Non vi è gran male nella storia senza un progresso storico che lo compensi... Che i destini si compiano!".

Più interessanti sono le critiche di Engels rivolte ai marxisti russi, che non vedono l'ora di vedere la socialdemocrazia giocare un ruolo preponderante nel loro paese. Così egli ricordava a Vera Zasulič (diventata "discepola" dopo essere stata populista) che la teoria storica di Marx non ammetteva per la Russia altra prospettiva che un "1789", ma che questo paese si prestava a meraviglia a delle avventure blanquiste. Il risultato? "Gli uomini che si sono vantati di aver fatto una rivoluzione hanno sempre capito il giorno seguente che non sapevano ciò che facevano, che la rivoluzione compiuta non somigliava affatto a quella che essi volevano fare". Così una volta conseguito il "1789", il "1793" non si farà attendere.

Insomma, ciò per cui Engels si mostrava scontento, erano gli attacchi ai quali si dedicavano i marxisti russi contro i rivoluzionari non marxisti. E' soprattutto contro  Plechanov che si esprimeva nelle sue conversazioni con Kautsky, Voden e Lopatin. Dopo aver letto il libello I Nostri disaccordi, Engels disse a Kautsky: "Ciò che c'è da fare oggi, non è un programma, ma la rivoluzione. Quando quest'ultima si metterà in moto, non saranno i socialisti, ma i liberali che prenderanno il potere in Russia. Ciò che oggi occorre in Russia, è riunire tutti gli elementi dinamici, senza distinzione di programma, in vista dell'azione. Plechanov ha torto nell'attaccare i populisti, che sono i soli per il momento a fare qualcosa in Russia".

Al rivoluzionario Lopatin, Engels dichiarava che non era il compito di un partito rivoluzionario russo di cercare in Russia dei seguaci per realizzare una teoria socialista qualsiasi. Tutto quel che si poteva fare, secondo Engels, era di spingere l'agitazione sino al punto in cui lo zar, intimidito, sarebbe stato costretto di convocare un'assemblea nazionale, che sarebbe stata il segnale di un rovesciamento politico e sociale, che avrebbe permesso alle masse di educarsi, dal momento che la vita popolare in Russia offriva delle risorse sufficienti per una trasformazione della società; quest'ultima sarebbe fatta spontaneamente da parte del popolo stesso, liberato dall'incubo zarista.

A un autore americano (I. A. Hourvitch) che gli aveva domandato la sua opinione sul ruolo della classe contadina nella futura rivoluzione, Engels scrisse che si riteneva incompetente; ma evoca le polemiche degli emigrati russi, che, negli ultimi anni, citano e interpretano dei passi di scritti e di lettere di Marx a torto e a traverso, "come se fossero dei testi di autori classici o del Nuovo Testamento". La parola "marxista", spiegava Engels a un visitatore russo, A. Voden, ha senso solo se ci si chiede ciò che Marx, in una certa situazione, avrebbe pensato,. invece di pescare qua e là delle citazioni nell'opera di Marx e nella sua.

Vi è nell'eredità politica di Marx un'ambiguità fondamentale. Lo vediamo prendersela con gli utopisti, che non hanno conosciuto il dinamismo inventivo del proletariato, la sua capacità di intervenire spontaneamente negli avvenimenti della storia, la sua volontà rivoluzionaria. Il sollevamento dei tessitori slesiani nel 1844, più tardi la Comune di Parigi, gli forniscono delle occasioni  per magnificare questa Selbsttätigkeit, meglio ancora, egli estende la sua fiducia ai contadini delle comuni russe (contropartita, indubbiamente, della sua russofobia, della sua credenza a un destino "mongolo" della Russia). In quanto al teorico del proletariato, non ha una coscienza a parte. Agli operai rivoluzionari, deve egli apportare, intellettuale borghese, una "coscienza socialista"? (Kautsky e il suo discepolo Lenin penseranno questo). No: può soltanto comunicare loro "degli elementi di cultura".

D'altra parte, Marx credeva alla possibilità di accelerare il corso della storia. Era il ruolo dei partiti operai e dei loro leader, che fissano la teoria del movimento per gli obiettivi politici nelle diverse fasi della lotta di classe. Questa convinzione, che si è detta essere giacobina, ha dettato a Marx e al "generale" Engels, il loro atteggiamento verso le guerre: Crimea, Italia, Germania, Secessione americana, conflitto franco-prussiano. In queste diverse congiunture, il "partito Marx" proclama che il proletariato deve agire secondo le prospettive tracciate dal teorico, che ritiene di sapere dove sono gli interessi remoti ma reali della rivoluzione. L'indipendenza nazionale, la formazione delle nuove nazioni, possono allora essere dei compiti urgenti, e prevalere l'interesse immediato del proletariato.

Engels, dopo la morte di Marx, propenderà sempre più per la democrazia parlamentare, considerata come il terreno veramente favorevole alla lotta di classe e alla rivoluzione. I teorici della socialdemocrazia tedesca hanno raccolto senza troppo scegliere il doppio lascito di Marx. Da cui il revisionismo di Bernstein (che si richiama ai suoi maestri) e le proteste di Kautsky (in nome degli stessi). Rimarchiamo tuttavia che Marx e Engels non hanno favorito la nascita di partiti "marxisti". Essi si sono opposti all'indottrinamento in nome dell'esperienza operaia.

Polemica presto bizantina: il partito tedesco ha già deciso, mette il riformismo in pratica. Marx vivo, e dopo la sua morte, Engels aveva spesso scritto ai primi discepoli francesi, italiani, americani, per dissuaderli di orientare a modo loro la classe lavoratrice: "Che essa abbia un proprio movimento, qualsiasi ne sia la forma, purché sia il loro movimento" (A Sorge, 20 novembre 1886) [3].

 

[Traduzione di Ario Libert]

 

[SEGUE]

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